Aurélien Gautherie n’a pas commencé à écrire avec ce roman. Depuis le lycée il remplissait des carnets de textes qu’il gardait pour lui. L’écriture faisait déjà partie de sa vie, sans qu’il y pense vraiment. Puis un événement a tout changé. « L’écriture est devenue une nécessité après le décès de mon père. Les souvenirs qu’on laisse à ses enfants durent une ou deux générations. Après, ils disparaissent. J’avais envie de laisser une autre trace, différente. L’écriture, le seul art que je maîtrise un peu, s’impose alors comme une évidence », raconte l’auteur.
Professeur de lettres, Aurélien Gautherie transmet chaque jour la littérature des autres. Pour lui, l’écriture vient compléter ce geste. Elle prolonge une réflexion sur la mémoire, sur ce qui reste quand les êtres disparaissent. Dans sa famille, les mots ont toujours circulé. Son père aimait la poésie, son grand-père écrivait lui aussi. « Je suis peut-être le premier à assumer pleinement ce désir-là », reconnaît-il. L’Enfant du vent des Féroé porte cette histoire intime, mais la transpose ailleurs, dans un décor rude et dépouillé. Le roman se déroule au début du XXe siècle, sur l’archipel des îles Féroé. À Gjógv, un village isolé, Jonas et Olga deviennent parents d’Anna, une enfant gravement malade dont ils savent qu’elle ne survivra pas longtemps. Face à l’inéluctable, Jonas tente de retenir chaque instant, chaque geste, chaque silence, tandis que la nature accompagne cette lutte contre le temps.

Pourquoi les Féroé ?
« Parce que c’est un territoire qui impose quelque chose », explique l’auteur. L’insularité, le vent, le froid et l’obscurité façonnent les vies autant que les drames humains. « Ce n’est pas une île de carte postale. Vivre là-bas est un choix exigeant. »
L’archipel devient une métaphore de l’existence, enfermante parfois, mais propice à l’introspection. Dans le roman, la nature et les objets prennent une place singulière. Les seuils, les maisons, le vent lui-même semblent porter une mémoire. « Je n’ai pas travaillé les sensations de manière consciente. Les images s’imposaient à moi. J’écrivais presque les yeux fermés. » Ensuite vient le travail du texte, du rythme et des sonorités. À travers cette histoire de filiation, Aurélien Gautherie interroge ce que l’on reçoit et ce que l’on transmet. Le lien entre Jonas et sa fille, aussi bref soit-il, est d’une intensité bouleversante. « Les souffrances nous paraissent immenses quand on les traverse. Pourtant, elles sont aussi éphémères à l’échelle du temps, devant l’immensité du monde qui continue sans nous. » Ce que l’auteur espère pour ses lecteurs n’a rien de spectaculaire. « J’aimerais qu’ils gardent une émotion, une image, peut-être un silence. Et surtout une forme d’humilité face à la nature et au temps. » Comme les vents qui traversent les îles, imprègnent les pierres et les mémoires, puis s’éloignent.




