Sylvaine est l’héroïne du premier roman de Séverine Cressan. Dans son village rural, elle est nourrice et pour survivre, elle allaite les enfants des autres. À travers elle, l’autrice remet en lumière une réalité longtemps oubliée, celle de femmes dont le corps servait avant tout à nourrir les familles plus aisées. C’est un sujet méconnu que l’autrice rend immédiat grâce à une écriture très incarnée. On y ressent le travail physique, les gestes répétés, la lassitude, mais aussi la fierté et ces petites résistances silencieuses qui racontent beaucoup du sort des femmes de l’époque.
L’histoire se déroule dans un temps volontairement flou, à mi-chemin entre mémoire et conte. Cette atmosphère un peu suspendue prend tout son sens le soir où Sylvaine découvre un bébé abandonné dans la forêt. Une scène discrète, mais chargée d’émotion, qui fait basculer le roman et ouvre une réflexion sur ce que signifie protéger un enfant quand on est seule face aux décisions à prendre La maternité y apparaît dans toute sa complexité et tout ce qu’elle engendre d’émotions.
Autour de Sylvaine, on découvre une communauté de femmes soudées par un courage tranquille. Elles s’entraident, se conseillent, se soutiennent sans grands discours. Le roman devient alors un hommage à cette transmission qui passe d’une femme à l’autre, presque sans mots, mais qui donne la force de tenir. Cette nécessité de résister d’une manière ou d’une autre donne au roman un écho contemporain évident. Et même si le roman n’a rien de militant au sens premier du terme, il porte en lui un message féministe limpide et essentiel.
Quant à l’écriture, sobre et sensorielle, elle permet d’incarner le récit avec justesse et n’est pas sans rappeler par moments la sensibilité de Sandrine Collette dans cette manière de faire vibrer la terre.
Nourrices est un premier roman sensible et humain, qui met en lumière des femmes longtemps restées dans l’ombre. Un livre à découvrir pour son regard juste, sa douceur, et la force qu’il dégage.


