C’est dans les îles Féroé, territoire rude et magnifique battu par les vents, que s’ancre ce premier roman d’un auteur strasbourgeois. Il nous entraîne avec justesse dans ce lieu à l’écart du monde, fait de falaises vertigineuses, de cette mer omniprésente et de villages isolés, là où la nature impose sa loi et façonne les existences. Sur ces terres où les vents sont rois, où ils règnent sans partage, caressant les collines abruptes et emportant parfois les âmes des voyageurs, l’Étranger, un homme d’aujourd’hui, a trouvé refuge. Il est venu là pour le silence, dans ce petit village de Gjógv retiré du monde. Sans le savoir, il s’installe dans un lieu chargé de mémoire. Bien avant lui, une famille y a vécu.
Olga et Jonas, et leur petite Anna. Une enfant qui, dès sa naissance, n’a pas trouvé le souffle nécessaire pour appréhender la vie. Il est des existences marquées par de lourds secrets, que même les berceuses murmurées et les gestes les plus tendres ne suffisent pas à apaiser. Entre une mère meurtrie et un père prêt à tout pour sauver son enfant, la famille semble peu à peu prise en otage. L’île sait. Et dans la danse incessante des vents se disent l’inavouable et l’impardonnable. Au cœur de cette terre se révèle, dans l’âme fragile d’une enfant, ce qui ne peut plus être tu, ce qui tremble et se meurt et ce qui demeurera l’amputation d’une vie.
Tout au long du texte, passé et présent se répondent, liés par les lieux, par les objets, par le vent qui traverse les pages comme une présence constante. Ici, la nature accompagne les drames humains, les enveloppe et parfois les révèle. Dans un texte de toute beauté, empli d’une véritable puissance, l’auteur nous offre un récit qui emporte. L’enfant du vent des Féroé est un roman bouleversant, qui rappelle avec une grande justesse que ce sont souvent les lieux et les choses qui se souviennent quand les hommes ont disparu.
Isa sur Insta : lodyssee_des_mots


