Originaire de Marienthal, Maxime Clady y a vécu jusqu’à 18 ans : « C’est à cet âge que j’ai commencé à prendre le train quotidiennement pour me rendre à Strasbourg, pour mes études. Passionné par le rail et les transports de manière générale, j’ai très vite dressé un constat très clair : toutes les gares situées sur la ligne Strasbourg-Haguenau sont fermées et/ou abandonnées », lance-t-il d’entrée. Depuis 2024, Maxime a déménagé à Gambsheim. Employé chez France 3 Alsace comme chargé d’édition numérique, il utilise encore quotidiennement les TER. Ainsi, il a pu dresser un bilan similaire à la ligne Strasbourg-Haguenau, pour la ligne Strasbourg-Lauterbourg. Également passionné par la vidéo, Maxime a décidé de réaliser une véritable enquête, pour comprendre pourquoi autant de gares ne sont plus que des coquilles vides.

Une méthodologie rodée
Maxime Clady a eu cette idée en février 2023 : « J’ai commencé à me renseigner sur internet, pour trouver des photos ou des vidéos d’intérieurs de gares, mais il n’y avait rien. Les gares, fermées ou abandonnées, ne sont pas documentées ». Pour compléter ses visites sur le terrain, organisées en lien avec les municipalités, Maxime a utilisé des moyens grand public tels que le site SNCF Voyageurs – pour le listage des gares et leurs services –, l’encyclopédie en ligne Wikipédia, Google Street View, mais aussi les divers articles de presse parus sur le sujet : « Les secrétaires de mairie ont été les personnes qui m’ont le plus aidé ». Pour finir, le vidéaste-enquêteur a fait vérifier ses informations par des conducteurs, grands habitués des lignes : « Cela m’a permis de modifier quelques erreurs et de finaliser la construction de la vidéo ».
Le tournage a pu être réalisé durant l’été. La vidéo est sortie sur YouTube en novembre.
J’espère que cette vidéo pourra devenir une référence, qu’elle pourra poser les fondations d’un changement
Une enquête chiffrée
Maxime Clady commence par dresser un bilan des gares existantes au national : « 3 000 gares maillent le territoire, et au moins 1 500 disposent d’un bâtiment ». En Alsace, 148 sont desservies : « 18 % d’entre elles sont ouvertes ; 31 % ont été vendues à des communes, des entreprises ou des particuliers ; 18 % ont été fermées ou laissées à l’abandon ; 14 % des bâtiments ont été démolis ; 20 % des gares ne disposent pas de bâtiments », détaille-t-il, selon son bilan. Pour la SNCF, à l’échelle du territoire français, 80 bâtiments de gares seraient inoccupés alors qu’il y en a déjà 26 rien qu’en Alsace, selon Maxime Clady. Mais pourquoi autant de gares se sont vidées ?
« L’automatisation ou encore l’argent public servant davantage les lignes à grande vitesse que les lignes régionales pourraient être les facteurs principaux », confie le vidéaste. Depuis 1930, 30 000 kilomètres de voies ferrées ont été rayés de la carte.

Une lueur d’optimisme
Dans sa vidéo, le jeune passionné se veut tout de même optimiste. Des gares ont été réhabilitées. Celle de Gambsheim, utilisée comme exemple par Maxime, a été rachetée par la mairie au prix de 225 000 € mais le bâtiment reste vide, car l’investissement pour le restaurer serait trop conséquent. Autre exemple, le bâtiment de gare de Soultz-sous-Forêts : « Il est devenu un tiers lieu. Il accueille une conciergerie digitale ».
Plus au Sud, à Mutzig, la gare accueille un espace de restauration-café. Celle de Rothau abrite une brocante et celle de Gresswiller des bureaux tertiaires : « J’espère que cette vidéo pourra devenir une référence, qu’elle pourra poser les fondations d’un changement »,
conclut Maxime, qui réfléchit déjà à d’autres enquêtes sur la consommation transfrontalière ou l’essor de la musique allemande en France.
L’info en plus
Depuis le 1er janvier, treize guichets de gares ont fermé, dont celui de Bischwiller. Dorénavant, les voyageurs doivent se rendre à La Poste pour acheter des billets de train, ou passer par l’application SNCF Connect.



