mardi 10 février 2026
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Patte blanche, de Kinga Wyrzykowska

Dans ce roman, une famille apparemment sans faille bascule quand la peur de l’autre s’invite à sa table. Un récit tendu, contemporain, qui dérange. Éditions Points.

Tout commence par une famille qui a tout pour elle. Les Simart-Duteil vivent bien, gagnent bien leur vie, affichent des carrières solides et cette certitude tranquille d’être du bon côté. Chez eux, la réussite est un état permanent. On se retrouve pour se rassurer, pour se confirmer que tout va bien. Une normalité confortable, presque enviable. Le père est mort en laissant de l’argent et quelques secrets, mais la mère maintient la façade et tient l’édifice avec poigne.

Jusqu’au jour où un message arrive : un demi-frère syrien, né d’une autre vie du patriarche, écrit depuis un pays en guerre. Il demande peu, une aide, une lettre, un geste pour venir en France. Rien d’excessif en apparence, mais tout se dérègle. La famille hésite, temporise, discute avec prudence, tandis que la peur s’installe dans les silences et que la méfiance grandit, nourrie par l’actualité, les réseaux sociaux et les discours sécuritaires. Peu à peu, le frère absent devient une menace.

Face à cet évènement, les vieilles rivalités ressurgissent. Les frustrations et les échecs dissimulés sous la réussite remontent à la surface. Chacun défend son territoire, son image, son confort. La maison normande devient un refuge, puis une forteresse. On s’y enferme pour se protéger. Le repli devient un choix rationnel et la paranoïa s’installe peu à peu.

La narration passe de personnage en personnage et installe un malaise constant. On sourit parfois, tant certaines situations flirtent avec l’absurde, puis on se reprend aussitôt, en comprenant que cette paranoïa n’a rien d’extrême et qu’elle ressemble trop fidèlement à notre époque.

Car Patte blanche ne raconte pas seulement une famille. Il parle de peur de l’autre, de fantasmes identitaires, de haine de soi, de fatigue morale et de vies mises en scène jusqu’à l’épuisement. Il montre comment on préfère se barricader plutôt que regarder ses propres failles.

Et puis vient la chute. Sèche. Implacable.
On referme ce roman avec un sentiment de vertige. Un texte contemporain, troublant et nécessaire, qui regarde notre époque sans complaisance et s’impose, sans conteste, comme une lecture impossible à lâcher

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