Maxi Flash : Vous travaillez au Centre de recherche en biomédecine de Strasbourg, pourriez-vous présenter votre équipe ?
Dr Jacky Goetz : J’anime une équipe de recherche de 25 personnes, six chercheurs statutaires rémunérés par l’INSERM ou le CNRS, et le reste, des jeunes personnes qui effectuent la majorité des expériences, ce sont des stagiaires de licence jusqu’à post-doctorat. J’ai été recruté en 2013 à l’INSERM, c’est là que j’ai monté mon équipe.
Que signifie la recherche fonda-mentale, qui est votre domaine ?
Bien qu’on travaille sur une question centrale de santé publique qui est la progression du cancer, on n’approche pas les questions biologiques en ayant en tête d’être capables de traiter la pathologie—même si bien sûr on aimerait y aboutir. On cherche à comprendre comment fonctionnent les choses : comment une tumeur va être capable de former ses métastases ? Cela inclut toute une série de mécanismes tissulaires, cellulaires et moléculaires qu’on doit d’abord comprendre avant d’élaborer des stratégies thérapeutiques.

Sur quel aspect du cancer du sein travaillez-vous ?
On a identifié dans nos dix années de travaux précédents trois questions centrales qui contribuent à la formation de métastases. Pour faire simple, en voici une : les cellules tumorales sont capables de changer leurs propriétés mécaniques quand elles forment des métastases, elles deviennent plus rigides ou plus molles. Mais pour qu’une métastase se forme dans un organe vital comme les poumons, il faut aussi qu’elle engage un programme qui lui permette d’échapper au système immunitaire. On cherche à comprendre si le changement des propriétés mécaniques les rend aussi invisibles au système immunitaire…
Vos recherches s’appliquent-elles uniquement au cancer du sein ?
Pas uniquement, mais le cancer du sein est un des principaux étudiés parce qu’il est majoritaire et peut être dangereux. On travaille aussi sur le mélanome, le neuroblastome ou le cancer colorectal, parce que la question centrale c’est la capacité d’une tumeur à envoyer des foyers tumoraux secondaires dans des organes à distance.
Sans les associations, les dons, les mécènes, la recherche piétinerait-elle ?
Complètement, c’est essentiel. Pour avoir un ordre d’idée, j’ai besoin de 600 à 700 000€ par an pour fonctionner, payer les salaires des jeunes personnes, les réactifs, les frais d’animalerie, de microscopie ou l’achat d’équipement. Cela fait deux ans que j’essaie de récolter des financements pour un microscope qui permet de visualiser les processus de métastases dans des souris vivantes, il coûte 540 000€, un tiers est garanti. Ces dons nous viennent principalement de nos propres moyens en réponse à des appels d’offres, soit d’institutions gouvernementales comme l’Institut du cancer, soit d’initiatives caritatives, comme la Fondation pour la recherche médicale, la Ligue nationale contre le cancer, ou Ruban rose.
L’info en plus
L’association Ruban rose voit le jour en France en 1994, sous l’impulsion du groupe de cosmétiques Estée Lauder. Créés en 2003, les Prix Ruban Rose financent des projets de recherche, des avancées dans le dépistage, la chirurgie réparatrice, ou la qualité de vie des patients. Depuis plus de vingt ans, près de 13,5M€ ont été versés à 120 projets de recherche sur le cancer du sein. Informations et dons sur cancerdusein.org


