Ma voisine pensait être une bourgeoise de centre-ville et elle a appris que finalement non, comme elle ne consomme pas de cocaïne, à l’inverse d’un bon million de Français, et un nombre non négligeable dans le 16e arrondissement de Paris, elle m’a dit qu’elle se droguait à la culture, au ciné, à la littérature, à l’art contemporain ou au théâtre. Et il faut en profiter, car à partir de 2027, le ministre de la Culture pourrait se nommer Sébastien Chenu. Une tête pensante qui a déclaré : « Un bon film se juge au nombre d’entrées qu’il fait ». Donc, pour Chenu, un bon film est un succès, ce qui marche moyen est mauvais, ce qui ne marche pas n’a aucun intérêt.
En gros, aimez ce que tout le monde aime. C’est chelou non ? Il arrive souvent qu’un film fasse assez peu d’entrées en salle et une grosse audience à la télé, qu’un « petit film » change des vies ou bouleverse les spectateurs, et que son auteur trouve le succès lors du suivant, du troisième ou du quatrième. Chenu insiste : « Un bon film sans spectateurs, est-ce qu’il mérite d’être soutenu ? » Alors là, les bras m’en tombent, car on ne soutient pas un film après sa carrière au cinéma, mais avant. Pour cela, il y a l’avance sur recette par exemple et l’argent injecté par les télévisions pour les droits de diffusion.
C’est comme si on disait « je mets de l’essence dans cette F1 seulement si elle gagne ». Comme si un patron déclarait « j’engage mon premier salarié seulement si ma boîte est numéro 1 dans son secteur ». Lorsqu’un film est en projet, comme pour un livre ou un disque, des gens prennent des risques, à la création de l’œuvre, pas lorsqu’elle est diffusée. La façon de penser de Chenu est une nouvelle preuve qu’aujourd’hui, on peut dire n’importe quoi tout en étant en tête des sondages, ou en tête de gondole, pas grave si on appauvrit la connaissance, c’est bien pratique pour empêcher les gens de penser. Le but est de réduire la culture en miettes et faire de la place dans les cinés aux œuvres bankable, et dans les librairies aux livres qui marchent ; des livres édités par Fayard, une maison détenue par le milliardaire Bolloré, également propriétaire de CNews, Europe 1 ou du JPP qui vont en faire des tonnes de promo.
Heureusement que le prix du livre est unique, sinon il y aurait 50 % de réduc à l’occasion de la fête de la saucisse. Mais on vend quand même les livres comme des poireaux, on nous envoie de la soupe populaire, on multiplie les coups comme des petits pains. Un exemple ? Le nouveau Sarko. Miraculeux. Écrit en 20 jours tout en lisant une biographie de Jésus-Christ et les 800 pages du Comte de Monte-Cristo, belle perf. Le tout avec un recul nécessaire par pondre 216 pages de Bifidus actif. Sarko n’a pas dû manger que des Danone. Bon, ça va se vendre, c’est un bon livre, il paraît que ça se « lybien », dira sans doute Chenu sans l’avoir lu. Et par qui est publié ce délicieux Journal d’un prisonnier d’un style sans pareil ?
Fayard, évidemment. Voilà une formidable idée de cadeau pour Noël. Ou alors, gardez vos 20,90 euros pour le prochain Boualem Sansal, un « vrai » écrivain qui vient de passer un an en prison en Algérie et qui sait qu’un livre ne se vend pas comme des yaourts.


