samedi 4 avril 2026
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L’Alsace, comme un décor

Jadis, quand on arrivait en gare de Mulhouse – et peut-être ailleurs aussi, je ne sais pas – on était accueilli par un jingle sur l’air de Que notre Alsace est belle (oui, avec ses frais vallons, etc.).

Cette vieille chanson populaire qui parlait aussi des vignes et du houblon n’avait pas tort. Et malgré son caractère un peu naïf, on ne pouvait pas s’empêcher de sourire en descendant du train. Complètement impensable aujourd’hui, dans notre époque de formatage en masse ! Hélas, désormais, qu’on pose le pied sur un quai lillois, rennais, toulousain ou perpignanais, la petite musique standard Toum-toum-ti-toum est rigoureusement la même. Donc – et c’est le moment de se souvenir que Louis XIV lui-même l’aurait crié sur tous les toits – notre Alsace est belle. Tellement, même, dans sa nature et son architecture, qu’on la retrouve dans de nombreuses productions cinématographiques, y compris par-delà nos frontières.

Des millions de spectateurs transportés sur place

Et si, un jour de désœuvrement, on s’amusait à repérer des endroits connus dans le décor de films ou de séries ? Car la bonne nouvelle, c’est qu’il y en a pour tous les goûts. À tout seigneur, tout honneur, commençons avec le classique des classiques ! La grande illusion de Jean Renoir, avec Jean Gabin, Pierre Fresnay et Éric von Stroheim, tourné en Alsace en 1937, on y reconnaît Neuf-Brisach – et, surtout, le château du Haut-Koenigsbourg. Quelque 40 ans plus tard, certaines séquences d’un autre grand film, Le Crabe Tambour, de Pierre Schoendoerffer (1977), qui raconte la poignante histoire d’un capitaine de frégate, ont été tournées par chez nous. Si la période de la montée du nazisme et la Seconde Guerre mondiale vous passionne ? Choisissez L’ami retrouvé (de Jerry Schatzberg, sorti en 1989) ou Indigènes (de Rachid Bouchareb, sorti en 2006), primé au Festival de Cannes et césarisé dans la foulée. Frissons garantis.

Amateurs de polars pas trop gores, réjouissez-vous ! Le Haut-Koenigsbourg – encore lui ! –
a servi de décor aux Aventures d’Arsène Lupin (de Jacques Becker, en 1957). Le stock contient aussi une aventure du plus célèbre de tous les détectives et de son acolyte médecin (Sherlock Holmes 2 : Jeu d’ombres, de Guy Ritchie, 2011, avec Robert Downey Jr) ; on dit que le tournage de la séquence d’ouverture, devant notre cathédrale, aura nécessité deux semaines de préparation et mobilisé environ 250 figurants. Au finish, pour être tout à fait honnête, l’Alsacien plein d’espoir est un tout petit peu déçu. D’autres productions, encore, pourraient être présentées, mais l’idée n’est pas ici d’être exhaustive. Pour mémoire, on citera quand même Tous les soleils, Les crevettes pailletées, Les parfums et plusieurs épisodes de la série Capitaine Marleau.

Si tu ne vas pas en Alsace, l’Alsace viendra à toi !

Et lorsque la flemme ou les circonstances leur interdisent de filmer chez nous, que font donc les cinéastes alsacophiles ? C’est bête comme chou : ils créent des décors plus vrais que nature. Ainsi, le Haut-Koenigsbourg – toujours lui ! – a servi de modèle à John Howe, lorsqu’il a imaginé la merveilleuse cité du Gondor dans Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson (2001, 2002, 2003). Même si Minas Tirith est blanche, et pas rose… il y a davantage qu’un air de famille. Dans le même esprit, pas besoin d’être très observateur pour identifier l’influence des si typiques Ribeauvillé, Riquewihr ou Eguisheim dans le dessin animé La Belle et la Bête des studios Disney (1991) ! Rues pavées, maisons à colombages, fontaine centrale… on retrouve même l’une ou l’autre façade alsacienne reproduite à l’identique dans le village où vit l’héroïne. D’ailleurs, à propos de cette même histoire, mais dans une version plus proche du conte originel, je préfère de loin le film de Jean Cocteau, avec Jean Marais dans le rôle de la Bête (1946), je l’avoue. Personne n’a jamais pu me le confirmer, et pourtant j’en demeure persuadée : le réalisateur a dû passer par Dambach-La-Ville avant le tournage ! J’ai en effet cru défaillir un jour en découvrant, dans la Chapelle Saint-Sébastien, les mêmes chandeliers que ceux qui ornent les murs du château enchanté : des bras humains sortant des murs…

Les Asiatiques aussi en sont fans !

Dans Le château ambulant, film d’animation fantastique japonais de 2004, la charmante bourgade où vit l’héroïne serait, elle aussi, directement inspirée de Colmar et de Riquewihr. Une certaine source affirme même que Miyazaki aurait développé son projet juste après avoir visité le marché de Noël de Strasbourg… Pour finir ce petit tour d’horizon, impossible de ne pas mentionner un phénomène tout à fait particulier : Chinese Restaurant, une série de télé-réalité comparable à Top Chef, produite par la chaîne chinoise Huan TV en 2018. Des célébrités asiatiques se sont rendues à Colmar pendant plusieurs semaines pour y être filmées 24 heures sur 24 alors qu’ils cuisinaient et accueillaient des clients au Bistrot des Lavandières.

Alors, si on oubliait un peu nos smartphones pour profiter du paysage ? Tout le monde n’a pas la chance de vivre dans un décor de cinéma.

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