Comment présenteriez-vous la Castine ?
C’est un lieu un peu à part dans le paysage culturel des Vosges du Nord, car en plus du spectacle vivant et du cinéma, c’est un lieu de vie par les activités qu’il héberge : école de danse, de musique, deux chorales et l’harmonie de Reichshoffen. Il s’y passe toujours quelque chose, différents publics sont amenés à s’y croiser tous les jours, avec le mercredi qui est extrêmement foisonnant quand les enfants ont leurs cours. C’est ce qui m’a attiré pour venir ici.
C’est un métier qui vous faisait rêver plus jeune ?
En partie oui, moi je voulais faire de la musique. Après le bac, j’ai fait une fac de musicologie qui était trop théorique, donc je suis allé au conservatoire en contrebasse classique, mais mon instrument de cœur, c’est la guitare. J’ai commencé à jouer à 16 ans donc j’ai voulu rattraper mon retard à raison de huit heures par jour. Et je me suis blessé au poignet, j’ai arrêté vingt ans et repris il y a deux ans. J’ai quitté le conservatoire, je me suis inscrit en filière histoire de l’art et archéologie et fait un stage long au sein du festival Jazz d’or. J’ai pu voir son élaboration de A à Z, et j’ai eu le déclic, c’était en 1999. En 2000, je créais ma première association culturelle avec des amis musiciens qui montaient le projet HIJAZ’CAR, qui existe toujours. De mon côté, c’étaient les musiques méditerranéennes, on a fusionné en l’Assoce pikante, où s’est formé un collectif artistique, avec plus de quinze musiciens, six projets différents…

31 janvier à l’usine CAF. / ©DR
Après sept ans à la tête de l’Assoce pikante, vous passez du développement de projets artistiques à leur diffusion, à Mulhouse. Un souvenir particulier vous revient-il ?
Monter le festival Musaïka autour des musiques du monde. Le CSC du quartier des Côteaux dont je suis devenu l’assistant culturel en 2008 devait être identifié comme un nouvel acteur culturel, donc il fallait monter un événement fédérateur. Mulhouse est la ville où vivent 136 nationalités, il s’agissait de valoriser cet apport culturel d’origines différentes. Le festival est un projet dont je suis très fier, qui, après quinze éditions, n’existe plus faute de financements.
Les goûts personnels du directeur de la Castine influencent-ils la programmation ?
Ma sensibilité m’emmène vers certaines esthétiques, mais quand on travaille la programmation, il faut prendre en compte la sociologie du territoire. On a une mission de service public de la culture, on se doit de proposer une programmation artistique la plus large possible pour un public le plus large possible. Par exemple cette saison, du théâtre, de la danse, un ciné-concert, et la particularité, ce sont trois spectacles sur les sept hors les murs.

Justement, quelle est l’idée derrière les spectacles hors les murs ?
Un certain public n’ose pas passer le seuil d’un théâtre, cela peut être impressionnant, comme un frein que nous avons voulu enlever en allant à sa rencontre. Ils sont organisés dans des lieux insolites et emblématiques de Reichshoffen, tenus secrets jusqu’à deux mois avant la représentation. Le premier est une création de danse contemporaine de la compagnie EZ3, par Ezio Schiavulli, qui jouera le 31 janvier à 20h dans l’usine de CAF Reichshoffen, anciennement Alstom. Autant investir des friches industrielles se fait, là c’est du jamais vu : une usine en activité ! Le spectacle va se jouer dans l’unité de production des trains Régiolis ; Segnali di risonanza a pour thème l’effet papillon qui correspond à des lieux comme ça. Sans trop en révéler, le metteur en scène a souhaité être au cœur du public, en quadri frontal. Ensuite un spectacle d’arts de la rue est programmé le 16 mai, Germinal, il est participatif. Le troisième, le 5 juin à la tombée de la nuit, Symphonie des chauves-souris fermera la saison sur un point d’orgue en mobilisant des publics différents.
Le jeune public est-il particulièrement ciblé ?
L’axe jeune public est porté par la Castine en partenariat avec le Moulin 9 à Niederbronn. Huit spectacles à destination des scolaires sont programmés en 25-26, de la maternelle au collège. On essaie de sensibiliser les plus jeunes au spectacle vivant, et qu’il y ait des bords plateaux, c’est-à-dire un temps d’échange entre les élèves, les équipes pédagogiques et les artistes. On a aussi voulu renouer avec le spectacle dit familial. Pour les tout-petits, on accueille le 7 février un très beau ciné-concert par la compagnie SZ, ça s’appelle Nuages, avec quatre courts-métrages et deux musiciens qui assurent la bande son, à partir de 3 ans.

Et quels sont les axes de la Castine pour le futur ?
Le 11 octobre, on a lancé une démarche de réflexion de six mois autour du renouvellement du projet culturel de la Castine vieux de 15 ans. D’autant plus que nous avons eu un gros renouvellement au niveau du conseil d’administration avec des gens qui veulent s’impliquer. Nous associons à la consultation les associations et acteurs du territoire, en leur demandant ce qu’ils aimeraient voir dans un avenir rêvé à la Castine, et aussi l’équipe de la Castine. Ce sont les premiers ambassadeurs, cela me semblait évident qu’ils soient force de proposition et s’approprient ce projet qui sera dévoilé fin avril. Ce sera notre feuille de route pour les cinq années à venir, et quelques nouveautés pourraient bien en découler…
Programme complet sur www.lacastine.com
Le chiffre
21 000 : Avec plus de 700 séances par an, le cinéma de la Castine de Reichshoffen a enregistré une fréquentation record en 2024 avec 21 000 spectateurs.


