mercredi 8 avril 2026
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Maxime Ohayon – Les choses en grand

Il aurait pu devenir médecin, rester animateur à la radio ou journaliste à la télé en Alsace, ou continuer de brasser des millions de dollars pour monter des Opéras aux États-Unis, mais il était écrit que Maxime Ohayon reviendrait à Versailles. Depuis dix ans il est le directeur du Mécénat et du Développement pour l’Opéra Royal, la Chapelle Royale et les Grandes Eaux du Château. Un parcours exemplaire.

Ce qui est clair d’emblée avec lui, c’est que l’on a le sentiment de parler avec un citoyen curieux du monde et de sa beauté. Quelqu’un qui aime la vie pour sa grandeur, avec une pointe de nostalgie, celle que l’on accueille volontiers lorsque l’on prend un verre avec un ami pour parler du bon vieux temps. Maxime Ohayon est né en 1964 à Rabat au Maroc où ses parents se sont rencontrés. Plus tard, son père, attaché commercial, est muté en Mauritanie, mais il ne souhaite pas que sa famille l’accompagne. Maxime entre en sixième et se retrouve en internat en Suisse. Il y restera jusqu’en troisième. Des souvenirs très heureux, à 2 000 mètres d’altitude, le matin à l’école l’après-midi sur des skis : « J’ai été protégé et en même temps je crois que toutes mes névroses viennent de là ».

La relation avec ses parents souffre de cet éloignement, « j’étais très proche d’eux, mais on n’a jamais « connecté », parce qu’on était dans des endroits différents, même si je revenais au Maroc pour les vacances ». Au début des années 80, ses parents s’installent à… Versailles. Mais toujours sans Maxime qui lui arrive à Strasbourg pour faire sa seconde, encore en internat. Il passe son bac et s’engage en médecine. Mais la FM l’attire, alors il zappe la médecine et frappe à toutes les portes pour travailler à la radio.

Il participe à la création de Radio Judaïca, et sa vie bascule en 1984 lorsqu’il rencontre un certain Alain Bauer, l’homme qui implante NRJ dans la capitale alsacienne. Cette radio est une révolution. L’impact est incroyable, c’est un véritable ouragan. Il anime la matinale, de 6 à 9 heures, mais reste finalement à la fac l’après-midi. L’aventure NRJ s’arrête rapidement, les radios libres ne sont déjà plus vraiment libres, mais les propriétaires de ce qui était alors Canal 15 sentent le coup, ils engagent Maxime Ohayon (et Pascal Frank, autre animateur d’NRJ) et lance Top FM ; dans la tête des auditeurs, c’est la suite de La plus belle radio et ça cartonne. Top FM devient Top Music avec Maxime pour la tranche de fin de matinée, un long bail jusqu’en 2002. Entre-temps, il entre à France 3 Alsace avec le journaliste Gilles Chavanel, puis il anime Quoi de neuf sous la banane, et Dub, des émissions consacrées à la musique. En 1998, tout en restant à la radio, il est engagé par le Festspielhaus de Baden-Baden. Pour légitimer son nouveau statut il retourne à l’école (à l’EFAP) faire un bachelor en communication. Pendant huit ans, il s’occupe de la communication internationale avec l’ambition de mettre la salle de spectacle sur la carte du monde.

En 2002, l’une de ses missions l’emmène aux États-Unis pour la promotion de Ring, ou L’Anneau du Nibelung, l’œuvre vertigineuse de Wagner inspirée des légendes germaniques, une quinzaine d’heures de spectacle sur quatre jours, une trentaine de personnages, plus de 120 instrumentistes, une production iconique montée à Baden-Baden. Pour attirer un grand nombre d’Américains, Maxime s’installe à New York pendant trois mois. Chaque jour il rencontre des gens fortunés pour les convaincre de venir à Baden pendant la semaine où sera donné le Ring ; il passe son temps à organiser des lunchs et des dîners. Il approche Edgar Foster Daniels, un amoureux de Wagner et grand mécène du Métropolitain Opéra de New York. Ce philanthrope est convaincu, il décide de venir en Allemagne et de soutenir le Ring. Plusieurs centaines d’Américains l’accompagnent, une pleine page est publiée dans le New York Times, le Ring est un grand succès, la salle du Festspielhaus change de dimension et devient l’un des centres musicaux les plus prestigieux d’Europe.

L’Opéra Royal de Versailles. chateauversailles.fr. / ©Yuhao
Direction les États-Unis

Quelque temps plus tard, l’Alsacien reçoit une invitation d’Edgar Foster Daniels qui produit un opéra au Metropolitan Museum of Art, il souhaite l’inviter à la première et au dîner qui suivra. Faire l’aller-retour à New York pour quelques heures n’est pas envisageable, mais il se trouve que par le plus grand des hasards, Maxime a prévu des vacances sur place au même moment. La connexion se fait. Daniels, impressionné par le travail que Maxime a réalisé sur le Ring à Baden, « il s’est imaginé que j’étais le patron je crois », lui propose de travailler avec lui. Et là, « c’est la panique complète », décrit Maxime, et en même temps une excitation extraordinaire, lui qui a toujours rêvé en grand : « Je vivais en Alsace, avec mon petit job numéro un, mon petit job numéro deux, j’étais installé dans une vie confortable, partir aux États-Unis et diriger la fondation Edgar Foster Daniels qui distribue chaque année 100 millions de dollars n’était pas une simple affaire. Il fallait du courage ».
Il prend d’abord une année sabbatique et s’installe à New York. Les mois passent vite, il faut choisir entre rentrer en Alsace ou vivre aux États-Unis. Pas simple : « Je sais à ce moment-là que les chaussures sont trop grandes pour moi ». Mais il va les porter quand même ces chaussures, et franchir la montagne qui se dresse devant lui.

« Chaque jour je me disais que demain la montagne me paraîtrait moins grande ». Pour favoriser l’obtention d’une Green Card, il retourne à la fac pour un Master en droit des affaires, spécialisation droit de la propriété intellectuelle et de l’Internet. À la Fondation Edgar Foster Daniels, son job consiste à préparer les dossiers, à rencontrer des gens aux fortunes colossales, c’est son quotidien. Il ne se déplace qu’avec l’avion de la Fondation, il voyage entre Los Angeles, le Nouveau-Mexique et New York, sa vie en l’air, sa vie en grand. Il se souvient de la création contemporaine d’An American Tragedy le roman de Théodore Dreiser publié en 1925, l’un des grands classiques de la littérature américaine transformé en opéra, en 2004, une production à 4 millions de dollars. Il n’oubliera jamais tous les projets pour lesquels il a joué un rôle important, pendant dix ans outre-Atlantique.

Retour en France

En 2015, sa maman est malade, Maxime Ohayon prend la décision de revenir à Paris. Cet homme semble être au bon endroit au bon moment, et comme il aime, il prend le bon train : quelques mois après son retour en France, il apprend que le Château de Versailles cherche son Directeur du Mécénat et du Développement, qu’il a déjà épuisé 400 CV. En février 2016, il est engagé. Pour l’anecdote, la maison de ses parents à Versailles a été vendue en 2003, à ce moment-là, il s’était dit que Versailles c’était fini, qu’il n’y reviendrait plus. Le destin, une fois de plus, lui joue un tour en grand. « Au-delà du rayonnement mondial du Château de Versailles, de ses galeries et de ses jardins, il faut entretenir la légende et faire en sorte que ce château où passent chaque année 10 millions de visiteurs avec des pointes à 25 000 par jour reste quelque chose de vivant. Sa légende s’est construite sur la musique et le divertissement.

Avant même que Versailles soit Versailles, il y avait des fêtes et de la musique. Aujourd’hui l’esprit est toujours là. La Chapelle Royale et l’Opéra Royal de 700 places, c’est 100 représentations par an qui attirent près de 80 000 spectateurs. C’est inouï de beauté, ce sont des expériences esthétiques à couper le souffle », raconte Maxime avec la voix passionnée d’un homme heureux, un homme à sa place, un homme qui n’a pas vraiment été impressionné par les millions de dollars brassés aux États-Unis, mais qui est satisfait lorsqu’il décroche un contrat de mécénat de quelques dizaines de milliers d’euros pour le Château, pour ses joyaux de la couronne, un homme qui n’oublie pas que ses parents ont vécu à Versailles, qu’il allait y déjeuner souvent le week-end, et qu’après le repas, la famille se promenait dans les jardins du Château. Il n’oublie pas. De la beauté et de la grandeur des choses, Maxime n’a plus besoin de rêver, c’est devenu le spectacle de son quotidien.

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