Dès les premières pages, Laurine Roux pose un décor clair et saisissant. Celui d’un Moyen Âge alpin rude, dominé par la montagne, les lois des hommes et des silences imposés. Le lecteur entre dans un récit sombre, presque intemporel, qui a la force des contes anciens transmis à voix basse. L’histoire s’ouvre sur un acte radical : la décapitation de Hugon, seigneur tout-puissant. Ce geste violent n’a rien de spectaculaire. Il marque l’aboutissement d’une vengeance longuement préparée et referme une histoire marquée par les abus, la domination et l’injustice.
Très vite, on comprend que cette mort n’est pas une fin, mais un point de départ. Car le roman repose sur une faute originelle. Trois enfants, séparés dès la naissance, grandissent chacun de leur côté, sans connaître leurs liens. Le passé, pourtant, ne disparaît jamais. Il avance en sourdine, jusqu’à les rapprocher inexorablement. Pour en saisir toute la portée, le lecteur doit accepter de remonter le temps. Le récit se déploie en quatre parties distinctes, qui explorent les racines d’une même famille et les conséquences de ses choix. Cette construction donne au roman une véritable ampleur.
Quant à la nature, elle occupe une place essentielle face à la violence des hommes. La forêt, la montagne, les paysages sauvages ne sont pas de simples décors. Ils deviennent des lieux de refuge, de survie, parfois d’espoir. La forêt de Bénévent, en particulier, apparaît comme un espace à part, presque sacré.
Laurine Roux excelle dans l’art du portrait. Les personnages féminins, forts et déterminés, portent la colère et le désir de réparation. Les figures masculines très travaillées aussi sont loin des clichés et révèlent fragilité et humanité. On ne peut que souligner combien ce roman se dévore d’une traite, tant il est habité et marquant, porté par une beauté singulière et une richesse de sens qui lui donnent l’ampleur et la force des beaux textes.



