mardi 14 juillet 2026
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Clément de Romain Lemire

Un premier roman qui impressionne par sa capacité à faire surgir la lumière au cœur même de ce qui semblait condamné au silence. Éditions Le Cherche Midi.

Contrairement à ce que son sujet pourrait laisser croire, ce livre n’est pas un récit « de plus » sur l’inceste. En effet, Romain Lemire réussit un tour de force rare, celui de transformer une expérience intime en véritable objet littéraire. Sous le nom de Clément Drelin, il raconte une enfance marquée par l’inceste paternel, mais aussi par les vacances à Belle-Île, la culture familiale et les liens de la fratrie. C’est précisément cette coexistence entre l’horreur et l’apparente normalité qui frappe le lecteur. Comme souvent, la violence ne surgit pas dans un monde déjà obscur, elle s’insinue au cœur d’un quotidien à l’apparente banalité. La force du livre tient également à sa construction. D’abord présenté comme un journal intime, le récit évolue avec son narrateur.

La langue mûrit, le regard s’affine. Peu à peu, le texte dépasse le cadre du témoignage pour interroger la transmission, le silence et les complicités qui permettent aux violences de prospérer. « Pour un inceste, il faut tout un village », écrit l’auteur dans une formule aussi simple que terrifiante.En évitant surtout les simplifications, l’auteur ne fige rien et permet d’amener le lecteur à réfléchir véritablement. Le père reste à la fois aimé et redouté et la famille tient du refuge autant que du piège. Rien n’est jamais totalement noir ou blanc et cette complexité donne au livre toute sa profondeur.

Elle permet aussi de saisir les contradictions affectives qui entourent souvent les violences intrafamiliales et rendent leur dénonciation si difficile. Les dernières pages élargissent encore la réflexion en questionnant le patriarcat et la responsabilité collective. À l’image des Outrenoirs de Pierre Soulages, l’obscurité demeure présente mais cesse d’enfermer. On comprend alors que l’enjeu n’était pas seulement de raconter une enfance brisée, mais de montrer comment une existence peut se reconstruire à partir de ses fractures. Un premier roman d’une remarquable maîtrise, porté par une écriture sensible, lucide et d’une grande justesse.

Isa sur Insta : lodyssee_des_mots

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