Vous avez grandi au cœur de la poterie familiale. Quels souvenirs d’enfance ont forgé votre attachement à cet héritage ?
La poterie, c’était ma normalité. Tous les jours après l’école, j’allais à l’atelier, gardée par mes parents et mes grands-parents qui travaillaient en même temps. J’aimais regarder ma grand-mère décorer au barolet ! Je ne me souviens même pas de ma première création, ni de la première fois où j’ai manipulé la matière (rires). C’était tellement naturel. J’ai suivi une formation à l’école de céramique à Dijon avant de rejoindre l’entreprise familiale, où tout le monde fait tout.
Comment perpétuez-vous une tradition plusieurs fois centenaires tout en lui apportant un regard contemporain ?
On utilise des techniques traditionnelles, notamment la décoration au barolet, qu’on applique à des designs modernes : motifs géométriques, dégradés, couleurs vives… Ce que j’aime dans la poterie, c’est que chaque pièce est authentique, irrégulière, unique. Ces petites imperfections font tout son charme. Personnellement, j’ai un faible pour les collections dépareillées, où chaque pièce raconte une histoire différente.
Vous proposez des ateliers décoration au cœur de la poterie. Comment vous positionnez-vous face à l’essor des cafés céramique ?
Depuis quatre ans, on propose ces ateliers pour une vingtaine de personnes, jusqu’ici organisés le soir et le week-end. Là, on vient de créer un espace dédié dans le magasin pour ouvrir ces ateliers en journée, avec une petite offre de restauration. Je ne vois pas les cafés céramique comme une concurrence. Chez nous, on est dans notre univers, avec nos pièces, nos couleurs… l’expérience est complètement différente.

Quel regard portez-vous sur l’Indication géographique « Les poteries d’Alsace Soufflenheim et Betschdorf », valorisée en 2022 par l’INPI ?
C’est une bonne chose. On évolue même vers une certification européenne, plus reconnue que l’indication géographique française. Elle renforce la protection face à la concurrence déloyale et à l’importation. Le cahier des charges a été élaboré collectivement, en détaillant toutes les pratiques des potiers : techniques de façonnage, de décoration… L’objectif est double : protéger notre savoir-faire et aider les touristes à identifier ce qui vraiment local, c’est-à-dire imaginé et fabriqué par un potier alsacien.
Vous venez d’être élue présidente de l’Office de tourisme du Pays rhénan. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager pour le territoire ?
Un peu un concours de circonstances, pour être honnête (rires) ! J’ai été sollicitée par la commission tourisme, étant première adjointe au maire de Soufflenheim – Christelle Isselé, que je connais depuis le collège – et 7e vice-présidente du Pays rhénan en charge du tourisme. J’ai longuement hésité, je ne me sentais pas forcément légitime. Mais je suis là aujourd’hui, avec ma connaissance du terrain et la conviction que sans tourisme et sans artisans, tout devient compliqué. Je suis bien entourée, aux côtés de la chouette équipe de l’OT : Christine Jaouen-Bohy, Manuela Aïcï, Laura Oberzusser… on va faire de belles choses ensemble !
Quelles seront vos priorités pour ce mandat ?
Développer le numérique et les réseaux sociaux, avec des formats vidéo et des contenus incarnés. Les usages des visiteurs ont changé : aujourd’hui, préparer un voyage passe aussi par les réseaux. Moi-même, j’utilise TikTok pour trouver des idées du type « 5 choses à voir à… » – des recommandations parfois absentes des guides papier, et que l’algorithme affine au fil des recherches. Sur Instagram, les messages privés sont aussi un canal de vente intéressant : à la poterie, beaucoup de clients nous contactent directement. On leur envoie des photos des pièces disponibles et hopla, ils achètent ! On a tout intérêt à surfer sur cette vague.

En parlant de vague… Parlez-nous de la collection spéciale 2026 des potiers de Soufflenheim et Betschdorf !
C’est la deuxième édition. Dix artisans ont relevé un défi commun : créer un gobelet inspiré des vacances d’été. 750 gobelets au total – 75 par potier – contre 500 l’an dernier, et tout était parti en une journée ! Pour nous, à la Poterie Beck, les vacances d’été évoquent la liberté, la chaleur, les souvenirs heureux. Les couleurs rappellent un coucher de soleil au bord de mer, les rayures représentent l’horizon entre ciel et océan. Au dos, une cigogne discrète ancre le gobelet dans son identité locale. Ce contraste entre exotisme et tradition donne tout son caractère à la pièce, et contribue au rayonnement du Pays rhénan et de la poterie alsacienne.
Selon vous, quels sont les grands enjeux de la filière ?
D’abord, la pression économique : la concurrence de l’importation, des marges très réduites côté artisans, des produits importés vendus au même prix qu’un travail entièrement réalisé à la main. Ensuite, la formation pratique. Dans nos métiers, la meilleure formation passe par le terrain : stages, alternance… il faut mettre les mains dedans pour comprendre la réalité du travail, y compris les tâches répétitives comme décorer des centaines de bols identiques. C’est la meilleure façon de préserver les savoir-faire, et d’oser un jour reprendre une affaire, familiale ou non.
L’info en plus
Ateliers décoration
Surveillez la page Facebook et Instagram Poterie Beck pour connaître les prochaines dates ; les réservations sont complètes en une heure !
Psst, il y aura une session les 13 et 20 juillet à 14h. Inscription par SMS au 06 62 82 85 59.




