Qui était Najim Ziani petit garçon ?
Je me souviens quand la maîtresse m’a présenté aux camarades en CP à Altenstadt, ils ont remarqué ma différence, mon prénom atypique, mes cheveux bouclés… Ce premier jour m’a vraiment marqué, ils faisaient beaucoup de jeux de mots, comme Najimnastique ou Najeur. Mon spectacle raconte le fait que j’ai grandi avec plusieurs cultures, à la fois un sentiment de décalage et d’imprégnation, cette envie d’être comme les autres, qu’on m’appelle Sébastien… Ça a pris du temps à se mélanger en moi que je pouvais être à la fois alsacien et marocain-algérien, car ma mère est née en Algérie mais elle est marocaine, elle est arrivée à 1 an à Wissembourg, et mon père est arrivé à Lauterbourg d’Alger, vers 9 ans.
Aviez-vous un rêve de métier à l’époque ?
Mon rêve, c’était devenir magicien, d’ailleurs la maîtresse avait demandé la profession de nos parents. Moi j’étais réservé et je n’avais pas bien articulé « mécanicien », donc j’ai confirmé que mon père était magicien ! En tout cas, j’avais déjà cette envie de faire de la scène, c’est venu assez jeune. Après le lycée, j’ai fait une licence d’histoire, et des potes ont remarqué que j’aimais bien faire le con, alors ils m’ont proposé d’aller à un atelier d’improvisation. C’est comme ça que je suis entré dans le spectacle, à La Lolita à Strasbourg qui est assez active, j’y suis resté cinq ans. C’est marrant parce qu’aujourd’hui mes potes sont profs et moi je suis comique… c’est une autre théâtralité !
Que vous a appris le théâtre d’improvisation ?
C’était une superbe école, j’y ai rencontré des gens avec qui j’ai continué à travailler, ça m’a ouvert et rendu curieux… Le théâtre d’impro, c’est une porte d’entrée sur le monde de la culture, c’est très ludique mais ça s’apprend, en groupe, il y a cette connivence, et puis des références sur les thématiques, ça permet d’aller voir des spectacles, du théâtre, je me suis fait des amis musiciens… C’était vraiment mon initiation au monde du spectacle.
Ensuite vous vous formez trois ans au conservatoire de Colmar, quel était l’objectif ?
Travailler en tant que comédien, mais aussi me préparer aux concours des écoles supérieures. Au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique, je suis allé au troisième tour de sélection, c’est-à-dire que sur 1600 candidats au départ, nous n’étions plus que soixante, et trente ont été reçus. Au moment où j’échoue, je suis très déçu, mais ce qui est drôle dans mon parcours, c’est que ce qui m’a desservi m’a aussi servi. Par exemple, il y a trois ans j’ai participé au concours Talents Adami, qui est une sélection de jeunes dans le théâtre, le cinéma et la musique. J’ai raconté comment j’ai raté le concours du CNSAD, et j’ai été pris… Je me dis, ironie du sort, et je le raconte dans mon spectacle.

Mais avant votre spectacle, vous faites vos armes dans le stand-up, autant à Strasbourg qu’à Paris ?
À la sortie du conservatoire, en 2018, je crée le Collectif latéral de sécurité, avec des amis rencontrés auparavant comme Benoît Luron. On est pluridisciplinaires, avec des publics différents comme des scolaires, et on crée le spectacle La Thérapie, qui a pas mal tourné. Je déménage à Paris en 2022, je m’y rendais déjà beaucoup pour des castings, et pour commencer le stand up. En fait après le covid, on a créé les plateaux de stand-up avec Benoît à Strasbourg, le public était intéressé, ça se passait bien. Je me suis retrouvé dans quelque chose avec l’écriture, et je me suis dit que pour aller au bout du truc, je dois rejoindre Paris, d’autant que j’ai toujours eu envie d’y habiter. Et là je me rends compte que culturellement il se passe beaucoup de choses à Strasbourg, mais si on parle de comedy clubs, la ville n’est pas très engagée ni dynamique, l’initiative mériterait à être poussée. Alors il y a un an, on a créé la structure HS-Humoristes strasbourgeois·es qui a pour but de nous rassembler, mais aussi de fédérer autour du stand up, de créer des événements. Le 24 octobre on joue La soirée des HS, un concept autour des blagues à la Grenze à Strasbourg.
Et finalement, aujourd’hui, vous jouez votre spectacle Le peuple migrateur aussi bien au Point-virgule à Paris qu’en Alsace…
Oui, c’est un jeune spectacle, mon premier, j’ai travaillé avec la metteuse en scène Pauline Vernier. Il raconte mon parcours avec une voisine que j’ai eue à Strasbourg, une dame âgée isolée rencontrée pendant le confinement. C’est un récit qui permet de dire ce que c’est d’être arabe et d’avoir grandi en Alsace, des tranches de vie, des moments atypiques… Je parle de mes échecs comme comédien et j’introduis aussi les rapports avec la famille, le socle de ma culture, et notamment mes grands-parents qui ont essayé de transmettre mon arabité et moi qui ai mis du temps à l’assimiler…
Quand vous vous produisez dans la ville de votre enfance, êtes-vous plus stressé ou plus relax ?
En tout cas, je prends énormément de plaisir à jouer en Alsace, parce qu’il y a un écho différent, puisqu’ils ont les codes. Et puis on ne va pas se mentir, les gens ont déjà un peu entendu parler de moi, c’est très gratifiant, ça donne confiance. À Wissembourg, les gens ont l’impression que c’est le petit garçon qui rentre au pays et revient tel un conquérant : en fait, je suis un jeune artiste qui est encore en train de faire son parcours. À Paris, on est beaucoup d’humoristes, il y a ce travail pour chercher des gens méfiants, c’est exigeant comme endroit même si ça se passe bien au final. En fait on pense que c’est spontané, écrire, jouer, monter sur scène, alors que c’est un travail quotidien, millimétré, technique, qui s’apprend sur des années ! Certains profils sont faciles sur scène, d’autres pour l’écriture, mais finalement les plus bosseurs arrivent au même endroit.


