Certains livres ont cette faculté de vous captiver dès les premières pages. Ils vous emportent sans forcer et c’est là sûrement le secret des textes réussis. Eugénie sous les bombes d’Anne Percin est de ceux-là et il est un véritable coup de cœur de cette rentrée. Tout part d’une question posée autour d’une table de famille, puis d’un carnet que l’autrice reçoit en héritage : celui de Charles, son arrière-grand-père. Ces pages ressuscitent toute une vie dans les Vosges d’avant 1914, entre Épinal et Regney.
Lui, fils de paysans, excelle en classe avant de devenir instituteur, puis directeur d’école, tout en restant fidèle à sa foi. Elle, Eugénie, travaille comme domestique, mais son esprit vif, sa soif d’apprendre et ses doigts de fée la distinguent. Leur rencontre est un coup de foudre, leur amour d’une rare intensité. On aime à regarder ce couple et cette famille s’agrandir au fil des ans. Puis tout bascule. La guerre éclate, Paris vit sous les bombes, mais le vrai combat de Charles est auprès d’Eugénie. Dévouée, vaillante, généreuse, elle prend soin des autres en s’oubliant elle-même, jusqu’à négliger cette masse qui obstrue sa gorge. La maladie progresse et grignote peu à peu le territoire de sa vie. Chaque chapitre fait monter l’inquiétude d’un cran.
On retient son souffle en espérant que cette vie, cette famille puisse se relever d’un tel effroi. D’une écriture délicate, Anne Percin fait revivre ce monde avec justesse, sans nostalgie sucrée ni regard condescendant. Ses personnages ont de la chair et du caractère. Chronique d’existences simples que le chaos d’une époque n’épargne pas, révérence émue à une ancêtre hors du commun, ce texte à l’écriture ciselée et absolument maîtrisée est un texte vibrant d’humanité. Charles et Eugénie resteront un couple phare de cette rentrée littéraire. À nous, lecteurs, de leur offrir toute notre attention.
Isa sur Insta : lodyssee_des_mots


