À quel moment est née votre vocation politique ?
Petit, j’assistais à toutes les cérémonies et je demandais au maire, Fernand Vierling, de me donner ses discours pour les relire chez moi. C’est sûrement là que tout a commencé (rires). À l’école, j’étais toujours délégué, puis délégué des délégués. J’aimais déjà représenter et défendre mes camarades. Et puis en 2023, j’ai créé l’association des Conscrits de Niederschaeffolsheim. Ça marchait bien, et j’ai ressenti l’envie de m’impliquer encore plus dans le village.
À 21 ans, vous êtes le plus jeune maire d’Alsace… mais aussi jeune entrepreneur !
En effet. Après mon BTS comptabilité, j’ai signé un CDI dans mon entreprise d’alternance mais j’ai vite décidé d’arrêter pour me lancer. Il y a un an, j’ai créé ma société de nettoyage avec deux salariés. Et j’ai pour projet de racheter une deuxième entité forte de seize collaborateurs. L’équilibre entre mairie et entreprise est encore à trouver, mais j’ai toute confiance en mes équipes – des deux côtés.
Qu’est-ce qui a déclenché votre candidature aux municipales ?
Des désaccords avec la maire sortante, notamment sur l’éclairage public nocturne, qui engendrait un sentiment d’insécurité dans le village, notamment chez les femmes. Des amies me disaient qu’elles avaient peur de sortir le soir, parce qu’après 23h elles se retrouvaient dans le noir complet ! Fin 2024, j’ai lancé une pétition, avec plus de 300 signatures pour rallumer la lumière la nuit… sans succès. Pour être honnête, Brigitte Steinmetz m’avait proposé de rejoindre sa liste en 2026. J’ai pris le temps de réfléchir avant de refuser : je n’étais pas en accord avec les principes, donc ça n’avait pas de sens. Alors j’ai monté ma propre liste indépendante, avec un noyau solide constitué un an et demi avant le scrutin.

©Archives de la Mairie de Niederschaeffolsheim
Une liste dont vous êtes le benjamin !
Oui, on a une moyenne d’âge de 40 ans. Un joyeux mélange de natifs du village et d’habitants des nouveaux quartiers, tous motivés pour faire bouger les choses. Certains ont même rédigé une lettre de motivation pour rejoindre la liste ! Aux deux réunions publiques, chacun a présenté une partie du programme. J’ai adoré mener cette campagne à leurs côtés.
Et le jour du scrutin ?
J’ai beaucoup moins aimé (rires). Je ne souhaite à personne de vivre une journée d’élection. Au dépouillement, les 200 premiers bulletins m’étaient défavorables, avant que la tendance s’inverse, ce qui a rendu l’attente encore plus éprouvante ! Battre un maire sortant, c’est difficile : « Prime au sortant », comme on dit. Je ne me voyais pas forcément gagnant, j’étais plus dans une logique d’aller chercher des voix, quartier par quartier. Maintenant que je suis élu, j’ai à cœur de représenter tous les habitants. Je regrette cependant l’absence de cadre légal pour la passation des dossiers entre majorités. Un maire, c’est un CDD, on est sur une chaise fragile. Autant pouvoir travailler efficacement dès le premier jour. Il manque un texte de loi sur ce sujet, et c’est un vrai manque…

Votre âge, c’est une force ?
On a essayé de me mettre en difficulté sur le thème « jeune donc inexpérimenté ». Moi, je me sers de mon âge pour casser les codes, avec une communication plus simple ou des vidéos sur les réseaux sociaux par exemple. Mais oui, j’ai senti que je devais prouver ma légitimité à chaque étape.
Prendre les rênes d’une commune, c’est aussi s’inscrire dans une continuité. Comment composez-vous entre héritage local et envie de faire bouger les lignes ?
J’avoue être conservateur, très attaché à l’identité de nos villages. Leurs différences font leur force et nourrissent le débat. J’aime voir ce qui se fait ailleurs, même hors CAH, pour repérer de bonnes pratiques à adapter chez nous. Dans un village de la Basse-Zorn de 300 habitants, j’ai vu des dispositifs interactifs super bien faits ! Ces visites permettent aussi de renforcer le dialogue entre élus et de s’inspirer mutuellement.
Vous vous revendiquez sans étiquette politique. Pourquoi ?
Parce qu’il n’y a pas besoin d’étiquette pour changer un lampadaire. Je respecte chaque sensibilité politique, mais pour moi le sujet n’est pas là. Il faut être dans le concret, et rester accessible. Le maire, c’est la personnalité politique préférée des citoyens parce qu’il est proche de la réalité terrain. Je suis marié à tout un village donc les habitants doivent pouvoir me parler facilement, librement. Quand j’ai été élu, une aînée du village m’a demandé si elle pouvait encore m’appeler « Tomele ». Je lui ai répondu « bien sûr » ! Je veux rester Tom, pas Monsieur le Maire.
Je suis marié à tout un village donc les habitants doivent pouvoir me parler facilement, librement.
Quelles sont vos priorités pour cette mandature de six ans ?
D’abord l’éclairage public nocturne. Une promesse tenue dès le début du mandat, avec le rallumage des deux axes principaux. Une concertation rue par rue est en cours pour adapter l’éclairage aux besoins de chaque secteur, tout en respectant la biodiversité. Ensuite, le périscolaire : trop petit, à l’étage, avec seulement 40 places et aucune garde le matin. Les devis parlent de 5-6 millions d’euros, il faut aller chercher des subventions et un portage intercommunal. C’est un projet de long terme, mais essentiel. D’autres réflexions sont en cours : nouveau plan de stationnement, avenir du presbytère et un projet agrivoltaïque couplant énergie solaire et activité agricole.
À quoi ressemblerait le Niederschaeffolsheim de demain ?
J’aimerais faire de Nieder un village de référence, cité en exemple pour sa qualité de vie et son vivre-ensemble. Un village capable d’attirer de jeunes familles grâce à de bonnes infrastructures… J’ai aussi à cœur de rendre la politique locale plus accessible aux jeunes, de susciter des vocations. Des élèves de Sciences Po m’ont déjà contacté, je les ai reçus avec plaisir. Personnellement, je compte profiter de cette période – sans enfant ni prêt bancaire – pour oser entreprendre au service de la commune. Je n’ai jamais quitté mon village, et je ne me vois pas le quitter un jour…



