vendredi 17 juillet 2026
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Woerth. Sur le chemin d’Olivier Lacroix

Ordonné en octobre 2025, le pasteur Olivier Lacroix ne s’imaginait pas pasteur il y a six ans… Ouvrier viticole dans les Cévennes, il a changé de voie et officie désormais à Woerth et en binôme dans les huit paroisses protestantes du consistoire.

« Je taillais les vignes, maintenant je travaille pour les vignes du Seigneur », sourit celui qui raconte volontiers son histoire, assis dans l’église protestante de Woerth. Né en 1972 à Nantes d’un père militaire et d’une mère professeur de lettres, Oliver Lacroix vit ses premières années au gré des déménagements familiaux, en Côte d’Ivoire, Italie, France, tout en gardant un ancrage dans les Cévennes. « C’est l’origine de ma famille, à côté d’Alès. J’y ai une maison où je retourne tous les étés, pour profiter des coins de rivières et des baignades. » Après des études « catastrophiques en bac compta », il trouve un poste en maintenance informatique, avant de démarrer dans la viticulture dans la région de Montpellier, « puis partout en France, car j’ai gardé le goût des déplacements ». S’occuper des vignes, travailler dans les caves, conduire les tracteurs, Olivier forge son expérience au fur et à mesure, jusqu’en 2016.

Lire la Bible en entier

Plutôt attiré par « les spiritualités orientales à l’époque, la méditation, le tai-chi… », il se rend en médiathèque à la recherche de livres sur le sujet, et « ma main a attrapé la Bible », dit-il les yeux qui brillent. « J’avais fait mon catéchisme plus jeune, mais la foi ne m’intéressait pas vraiment, le christianisme ne me parlait pas. Je me suis dit que je pourrais la lire en entier ». C’est là que se produit « une expérience mystique » selon lui, lorsqu’il « rencontre le texte du Nouveau Testament. Cela a créé une émotion forte, j’avais envie de le dire à tout le monde, et ça a réorienté ma vie ». C’était il y a quatorze ans. Sa famille et ses amis, peu croyants, reçoivent la nouvelle avec quelques moqueries voire critiques. C’est pendant les vendanges qu’Olivier peut se confier pleinement à un collègue, musulman : « Avec lui c’était facile de parler de spiritualité, de paix, de tolérance, de prière et de prophètes ».

Évidemment « l’envie d’en apprendre plus sur la foi chrétienne et la Bible » devient urgente. Il se dirige vers des études de théologie à la faculté de Strasbourg, mais à distance. « Je ne pensais pas avoir le niveau », confesse le pasteur, car la licence et le master passent par l’apprentissage des langues anciennes. « La grammaire pour le grec et l’alphabet pour l’hébreu sont vraiment difficiles, en plus en parallèle de mon travail. Mais à ma grande surprise, les études me réussissent ! »

Pour s’inscrire aux balades spirituelles du jeudi à 9h30 : olivier.lacroix@uepal.fr. / ©dr

Et lui confirment qu’il sera pasteur, protestant donc. « La grâce de Dieu y est toujours première, explique-t-il, pas besoin de preuves, c’est gratuit, j’ai senti l’amour de Dieu alors que je ne le méritais pas forcément. » En 2021, il décroche le master, et lorsqu’il passe ses examens à Strasbourg, il rencontre des membres de l’UEPAL (Union des églises protestantes d’Alsace et de Lorraine), idem lors d’un voyage en Israël avec la fac : « Le responsable de la formation des pasteurs m’a proposé mon premier remplacement d’été, à Beblenheim, près de Riquewihr ».

Le contact humain

Puis viennent un remplacement long à Marmoutier et sa formation pour devenir pasteur. Stagiaire deux ans à la paroisse de la Robertsau avec Eric Schiffer, Olivier Lacroix évolue à Woerth en autonomie dès la troisième année. S’il avoue que faire une thèse lui aurait bien plu, « la hâte d’être dans la pratique, d’annoncer l’Évangile, le contact humain » le titillaient. Bien que réticent à prendre la parole en public, il s’est « senti étonnamment bien » lors de son premier culte, où il a compris que « c’était le bon choix ». « Plus qu’épanoui » selon ses mots, il articule désormais ses semaines entre la préparation du dimanche, le catéchisme—60 jeunes pour les trois niveaux—, les casuels comme les obsèques, les baptêmes, les visites au domicile des paroissiens, les groupes de partage autour de la Bible et les Cafés Krenzel. Et même s’il habite à Preuschdorf, le pasteur ne parle pas encore l’alsacien !

De Morsbronn à Obersteinbach, de Frœschwiller à Lembach, le consistoire de Woerth couvre un large secteur et les cultes sont dits « consistoriaux » : « Les habitants ont compris que la dynamique était plus importante en se regroupant, explique Olivier. D’une vingtaine de personnes le dimanche, on est passé à 150 soit une église remplie et une autre ambiance ! » Avec son collègue pasteur, ils ont rendu les cultes « plus participatifs, chaleureux et joyeux », ils organisent aussi des ateliers pour les jeunes, des groupes de parole pour tous, et des balades spirituelles « faciles, pour partager des textes bibliques ». D’ailleurs, son verset favori serait Esaïe 54, 10 : « Même si les montagnes s’écartaient et si les collines chancelaient, mon amour ne s’écarterait pas de toi, mon alliance de paix ne chancèlerait pas, dit l’Éternel qui te console ». « La fidélité de Dieu… c’est beau », songe celui qui s’est simplement laissé guider sur son chemin.

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