mercredi 9 septembre 2026

In vino veritas !

Quiconque a déjà vu un de mes spectacles, sait que je viens d’Eichhoffen et que je nourris une affection viscérale pour ce village de la route des vins d’Alsace. Un de ces villages typiques, tissé dans les vignes, où chaque nouveau-né a une chance sur cinq de finir vigneron. Les vignes étaient l’horizon de mon enfance, la première chose que je voyais en ouvrant les volets de ma chambre et, plus tard, mon premier lieu de travail lors des vendanges. Et forcément, septembre me rappelle ces journées dans les vignes, la pluie, la boue, le dos courbé, mais aussi l’hospitalité bourrue, les rires, les parfums de l’apprentissage et du chemin vers la maturité.

Je me suis rendu compte de l’émotion que provoquait en moi, encore aujourd’hui, cette carte postale parsemée de vignes lors de la dernière étape de ma tournée dans le séduisant 69 – le département du Rhône – plus précisément au Val d’Oingt au cœur du Beaujolais. Franchement, je me suis crue en Alsace.

Avec leurs caves, leur route du vin, leurs virages entre les vignes, leur Mâchon avec vin et saucisson au petit déjeuner, leur salle de spectacle baptisée (littéralement, puisque c’est dans une église) Le Tonneau du rire, j’étais en terrain connu. Comme dans une mini Alsace reconstituée. Après en regardant de plus près, j’ai vu la différence. Déjà les vignes elles-mêmes ont un format douteux, on dirait des vignes naines. Pardon, des vignes de petite taille. Il paraît que la taille, ça ne compte pas mais quand même… Après, y’a le goût. On n’est pas dans le même délire, pas la même culture. Disons qu’en Alsace, on est super en vin, mais pas terrible en marketing, alors que dans le Beaujolais, on est super en marketing, mais niveau vin… aïe… Je ne blâme pas, j’admire : le « Beaujolais nouveau », quelle invention, quel concept, quel génie ! Le beaujolais nouveau, c’est quand même le seul vin que tout le monde critique… avec à la main, un verre de beaujolais nouveau ! Parce que le beaujolais nouveau ce n’est pas vraiment du vin, c’est une promesse de convivialité. Comme la Winstub chez nous !

Au fil de mes pérégrinations dans les régions vinicoles, j’ai pu constater que l’image de nos vins a considérablement évolué. Dans ma jeunesse, on ne jurait que par les bordeaux et les bourgognes, le vin d’Alsace était le parent pauvre et ce mépris nourrissait notre complexe historique du « mal aimé ». Son principal obstacle ? Pas assez cher, mon fils ! (T’as la ref ? Ok boomer !) Bref, un problème de positionnement plus que de qualité du produit. Il a fallu faire sa révolution culturelle pour gagner ses lettres de noblesse. Aujourd’hui, l’Alsace communique moins sur les cépages, les traditions, les vendanges tardives… et met davantage en avant les terroirs, les producteurs, les pratiques, la gastronomie… Avec un vrai talent pour le faire savoir, au-delà du savoir-faire. Ainsi, pendant que le bordeaux et le bourgogne se perdaient dans une politique de développement hors sol, le vin d’Alsace devenait tendance !

D’après les connaisseurs, le vin d’Alsace aurait également beaucoup évolué au niveau du goût, mais ça je ne suis pas apte à en juger car les portes du paradis vinicole se sont fermées depuis longtemps pour moi. J’ai beau avoir baigné dans le vin d’Alsace comme Obélix dans la potion magique. J’ai beau avoir eu comme premier bureau un tonneau, à faire de la dégustation et de la vente de vin d’Alsace. J’ai beau avoir joué l’an dernier Alsacienne d’Origine Contrôlée dans la cour d’un vigneron pour les 90 ans du maître des lieux et la clôture de la Foire aux Vins d’Obernai devant un public de vignerons en standing ovation – qui m’ont appris qu’il existe un « quart d’heure vigneron » équivalent du quart d’heure de retard parisien et une prescription bien de chez nous : Sauvons un vigneron, buvons un canon ! La vérité, c’est que je ne bois plus de canon depuis longtemps.

Je suis une fraude, une imposture. Pourtant, je vous jure que j’étais team vin d’Alsace, à fond ! Jusqu’à ma première cuite. À 9 ans. À Eichhoffen, c’était la fête au village, j’avais soif, et comme chez nous c’est plus facile de trouver du vin que de l’eau… j’ai vidé tous les verres de vins à ma portée, mélangeant allègrement Gewurztraminer, Riesling, Sylvaner et bon vieux Tokay. Ma dernière pensée lucide ? « Ça doit être marrant d’être saoul comme les grandes personnes ». Alors, je ne sais pas ce qui a été le plus marrant : les trois nuits à vomir mes boyaux ou les trois jours avec ma mère sur le dos « Mensches kind noch a moll, c’est bien fait pour toi, ça t’apprendra ! ». Et, en effet, ça m’a appris. Depuis, rien que l’odeur du vin me révulse. Pareil pour la bière, le crémant… tous les alcools fermentés me dégoûtent. En revanche, les alcools distillés… disons que maintenant je suis team schnaps.

Donc, si d’aventure un jour vous me recevez chez vous, ne m’en voulez pas si je snobe l’amer-bière ou le kir que vous me proposez. En revanche, je ne dirai jamais non à une petite crème de pêche de vigne d’Alsace.

À bon entendeur, s’gilt.

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