Commençons par un petit bilan, êtes-vous satisfait de l’édition 2025 ?
Il vaut mieux faire une rétrospective depuis 2022 pour voir l’évolution, car c’est une date importante à deux niveaux. C’était la première année où on sortait vraiment des contraintes sanitaires, et aussi l’inauguration du Parc Expo, l’année où je suis arrivé. En 2022, on compte 11 2000 visiteurs et 333 exposants. En 2025, on clôture avec 140 000 visiteurs et 552 exposants. On a tendance à croire que les foires sont dépassées, désuètes, alors qu’elles ont un attrait évident que le digital n’aura jamais, c’est la rencontre avec l’humain. On a aussi remis au cœur de la foire son appellation « européenne » —c’est la seule foire européenne de France— en capitalisant autour de ces richesses territoriales tout en retrouvant les pays frontaliers.
Le nombre d’exposants a presque doublé. Visez-vous plus haut en termes de visiteurs aussi ?
L’objectif n’est pas la course aux 300000 visiteurs, on a conscience du bassin et des grands événements proches. Au-delà de 90 km, les gens ne se déplacent pas. Les visiteurs ne viennent pas parce qu’il y a plus d’exposants, mais l’inverse oui : il n’existe pas d’autre événement que les foires où chaque jour 15000 personnes passent devant votre boutique ! Avant, il n’y avait pas cette diversité d’exposants, la partie divertissement, entertainment, recrutement, c’était un schéma très commercial et pas assez commerçant, et les gens ne venaient plus. La croissance et la réappropriation sont liées à l’élargissement de l’offre, pour découvrir la Polynésie, les armées, l’Ultimate ninja… La foire est très identitaire, elle appartient aux Alsaciens, aux artisans locaux—plus de 70% sont originaires de la région—, mais c’est important aussi d’aller chercher le national et l’international parce que vous ne le trouverez pas ailleurs que sur la foire.

La Méditerranée est à l’honneur cette année. Comment réussissez-vous à composer un voyage différent chaque fois ?
L’événement n’est jamais le même parce qu’il est vivant, sa matière doit évoluer avec tout l’écosystème qui l’entoure et qui va vite. En moyenne, on passe 3,7 secondes sur une info, si vous êtes une heure sur votre téléphone, imaginez la quantité d’infos qui arrivent à votre esprit ! La Foire européenne doit réussir à se calquer sur cette habitude d’avoir beaucoup de choses à voir, et d’autres où se poser, comme l’espace culturel dans le hall 5 avec des jeux de société ; plus loin les auteurs et les livres, BD, mangas ; la nouveauté Color Punk où vous pourrez créer votre tableau unique avec de la bombe à eau accompagnés par les artistes ; et le premier week-end, les Esport Days (lire encadré). La foire est un outil pluriculturel et plurigénérationnel calqué sur les attentes des visiteurs et des exposants—c’est sur les foires qu’on allait découvrir les dernières tendances ! Donc on ne peut pas dupliquer l’événement d’une année sur l’autre.
Pendant dix jours, vous gérez l’équivalent d’une petite ville, comment ça marche ?
Je ne suis pas tout seul ! Les exposants et l’ensemble des sous-traitants représentent 3000 personnes à temps plein. Toutes les entreprises en sous-traitance sont locales : la sécurité, le nettoyage, l’accueil, également des étudiant(es) avant leur rentrée universitaire, et la collaboration avec des ESAT ou Ehpad parce que tout le monde a sa place sur l’événement. Quant aux exposants, c’est selon d’où ils viennent, comme un charcutier de Corse qui emmène ses équipes. J’ai 70 collaborateurs proches, salariés de Strasbourg Events, qui vont faire en sorte que le vol se passe bien, et ajuster les paramètres, l’altitude, la vitesse, en fonction de la météo… C’est un voyage qui se prépare sur une année.

Quel message souhaitez-vous passer aux visiteurs qui n’ont pas encore franchi la porte de la foire ?
Appropriez-vous cet événement, parce que moi dans l’équation je suis éphémère, ce qui fera vivre l’événement c’est ce dynamisme-là ! Dans nos études en 2022, on avait 60% des visiteurs de plus de 55 ans ; en 2025, on est à 25% de 18-25 ans, 25% de 25-35, 25% de 35-55 et 25% de 55 et plus : pour moi c’est primordial, on redonne vie à cette popularité et cette accessibilité. Je suis ravi de voir dans les allées les gens qui discutent entre eux et vont parler aux commerçants. Il faut savoir que tous les matins à 4h les portes s’ouvrent pour les boulangers qui vont faire cuire leur pain sur la foire ! Moi à 4h, je vais me coucher en général, mais c’est normal, je veux toujours être présent et améliorer l’événement.
3000 m2 dédiés aux Strasbourg Esport Days
Depuis trois ans, Arnaud Gagnepain souhaitait « avoir de l’esport parce que cela fait partie des évolutions sociales ». De son côté, Luca Freund, le président du club professionnel Skillcamp Strasbourg Esport, cherchait à s’agrandir après un premier événement réussi en novembre au Shadok. « On est le club le plus titré de l’Est notamment sur League of Legends, détaille-t-il, et on est aussi organisateur d’événements afin de démocratiser la culture gaming. »

Ainsi les Strasbourg Esport Days concernent « non pas que les compétiteurs ou connaisseurs », mais permettent « à un parent de venir avec un enfant pour mieux comprendre cet univers, regarder une compétition, tester des animations ». Ce sera le principe sur la Foire européenne les 5 et 6 septembre avec des compétitions commentées sur grand écran, une grande zone de jeu libre sur consoles et PC, mais aussi du rétrogaming, un défilé de cosplay, un village associatif et des conférences sur la mixité ou la posture, l’hygiène, la lumière bleue… « Il ne s’agit pas seulement de jouer, mais aussi de rassurer les parents. Si le gaming est un statut social aujourd’hui, être bon aux jeux vidéo c’est aussi faire attention à soi », invite l’organisateur.



