Quel lien entreteniez-vous avec la Fête du Houblon – avant que l’événement devienne le Festival du Houblon en 2012 – durant votre enfance ?
Originaire de Bischheim, je me suis installé très jeune chez ma grand-mère à Haguenau, pour des raisons familiales. Nous habitions en face de l’Hôtel de ville. À l’époque, les groupes folkloriques invités pour la Fête du Houblon étaient reçus en mairie par le maire et les organisateurs des festivités. J’allais systématiquement à leur rencontre. De plus, pendant longtemps, le cortège passait sous notre fenêtre. Je baignais dans l’ambiance du festival presque malgré moi. Forcément, l’événement m’a intéressé très tôt. Quand j’ai eu la possibilité d’intégrer bénévolement l’organisation, je n’ai pas hésité.
Quand avez-vous décidé de passer le pas ?
En 1974, j’avais 17 ans. J’ai eu l’opportunité d’accompagner le groupe folklorique d’Épinal pour la parade du dimanche après-midi. J’ai renouvelé l’expérience les années suivantes et le virus a pris. En 1981, l’organisation m’a confié un ensemble de danses traditionnelles venu de Grèce durant toute la durée de son séjour en Alsace. Depuis, j’ai toujours été de la fête, sauf en 2020 et 2021, les deux années d’interruption sanitaire. Cela fait 52 ans que j’œuvre pour l’événement, et toujours avec autant de plaisir et de motivation.

Quel est votre rôle actuel au sein du Festival du Houblon ?
Je suis un des accompagnateurs de groupes. Nous sommes une quarantaine. Nous sommes le trait d’union entre l’organisation et les ensembles. Nous nous occupons d’eux dans le cadre du festival, pour qu’ils soient à l’heure sur les lieux de leurs représentations, pour qu’ils ne manquent de rien. Nous les accompagnons aussi lors de leur journée de repos, pour leur faire découvrir la région. Certaines années, il m’est arrivé d’accueillir deux groupes en même temps, d’être au four et au moulin, d’avoir une organisation plus que millimétrée, de faire pas mal de kilomètres. Les deux ensembles n’étaient pas forcément programmés au même endroit. Quand on aime, on ne compte pas ! En parallèle, je suis consultant pour le festival et j’accompagne Adélaïde Meyer, responsable de la programmation.
Que retenir de ces cinquante années de service ?
C’est une aventure humaine d’exception. Accompagner des gens venus du bout du monde, de vivre avec eux presque 24h/24 pendant huit jours, c’est super enrichissant. Les premiers jours, chacun se jauge. Des affinités se créent rapidement. Nous finissons presque toujours par nous quitter en larmes. Au fil des années, je me suis fait de très nombreux amis à travers le monde. Certaines amitiés durent depuis plus de trente ans, notamment celle avec un groupe croate que j’ai fait revenir il y a deux ans. C’est presque devenu ma petite famille de folklore.
Faut-il être polyglotte pour devenir accompagnateur de groupe ?
Absolument pas. J’ai accompagné des dizaines de groupes alors que je ne parle pas un mot d’anglais. Nous arrivons toujours à nous débrouiller. Il y a toujours l’une ou l’autre personne dans le groupe qui a des notions de français ou d’allemand, que je maîtrise un peu plus que l’anglais. La langue n’est pas véritablement une barrière. Les gestes aident beaucoup aussi ! (rires)

Connaissez-vous déjà votre programme pour l’édition à venir ?
J’accompagnerai un groupe venant de Lettonie. Ce sera une première avec cette nation. Ce sera une belle découverte, je ne m’en fais pas. Le groupe arrivera le lundi précédant l’événement. Je serai associé à une autre accompagnatrice que je connais bien, qui parle parfaitement anglais.

Par le passé, vous avez fondé un site dédié au festival. Pourquoi cette initiative ?
J’avais à cœur de compiler les archives, d’annoncer la venue des groupes, de poster des comptes rendus pendant et après l’événement, etc. Quand un site officiel a ouvert, j’ai fermé le mien et j’ai tout migré sur Facebook, où j’ai ouvert une page consacrée aux archives du festival de 1960 à nos jours. Grâce à cette activité en ligne, beaucoup de groupes du monde entier m’ont contacté. J’ai pu en faire venir certains à Haguenau. De belles relations se sont nouées au fil des années.
Vous parlez d’archives. Êtes-vous aussi collectionneur ?
En effet. Je collectionne les insignes du cortège, des cartes postales, des affiches, des programmes, des suppléments presse, des photographies, etc. Avec tout ce que j’ai récupéré en plus de cinquante ans, je dois avoir plus de 800 000 clichés du festival : c’est astronomique. Il me manque quelques pièces, mais je ne perds pas espoir.
Vous préparez actuellement un livre sur l’histoire du Festival du Houblon. Comment est né ce projet ?
Il s’inscrit dans la continuité de mon activité d’archiviste du festival. J’ai eu envie d’écrire un livre pour raconter l’histoire de la manifestation. Il y a six ans, j’ai d’abord passé six mois aux archives municipales pour compiler tout ce qui pouvait s’avérer utile à la rédaction. J’ai commencé à écrire, tout en continuant de collecter photos et documents. Plusieurs chapitres se sont démarqués. J’ai étayé le tout de documents, de photographies, etc. Il me reste beaucoup de choses à finaliser. J’aimerais beaucoup le sortir l’année prochaine, en incluant la 65e édition.



