Quel est votre rapport à l’alsacien ?
Le dialecte alsacien était ma première langue. Mes parents et grands-parents m’ont toujours parlé en alsacien. Elle s’est imposée au quotidien, elle fait partie de ma vie. Mon petit frère le parle aussi. Il en tire les profits au quotidien dans sa vocation de pompier volontaire. Entendre l’alsacien est toujours rassurant pour les personnes secourues. J’ai appris le français à l’école, à mon entrée à la maternelle, comme peu de jeunes de notre génération. Son apprentissage s’est fait naturellement. Je n’ai pas souvenir d’avoir eu du mal. Finalement, en plus de l’alsacien, c’est une langue dans laquelle je baignais déjà au quotidien. Ça s’est fait tout seul.
Quel a été votre parcours ?
J’ai suivi ma scolarité à l’école de Rœschwoog. Ensuite, je suis allée au collège à Soufflenheim, puis j’ai enchaîné avec un baccalauréat scientifique à Bischwiller. Dans le supérieur, j’ai rejoint la faculté de biologie de Strasbourg. Durant les trois années de licence, je me suis spécialisée dans le professorat des écoles. J’ai décroché un master MEEF à l’Inspé, l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation. J’ai toujours voulu enseigner.
Quand avez-vous commencé à enseigner l’alsacien ?
J’ai commencé à enseigner en 2018. J’ai connu plusieurs niveaux différents, de la petite section de maternelle au CM2. L’enseignement de l’alsacien s’est présenté comme une opportunité il y a deux ans. L’inspection comptait ouvrir une classe trilingue Tomi Ungerer à Rœschwoog, au sein de l’école maternelle de la Roselière. Elle m’a proposé le poste et je me suis jetée sur l’occasion. C’était une démarche bienvenue dans ma carrière. En septembre, je débuterai ma troisième rentrée.
Est-ce un défi d’apprendre l’alsacien à des enfants âgés de 3 à 6 ans ?
C’est avant tout un plaisir. Je trouve intéressant de pouvoir accompagner ces enfants au quotidien, de la petite à la grande section à temps plein, d’apprendre à connaître une nouvelle cohorte chaque année, avec ses propres spécificités et caractères. J’y prends beaucoup de plaisir. J’adore leur proposer des projets divers, de les faire s’intéresser à leur environnement, etc. Je n’hésite pas à puiser dans ce que j’ai appris durant ma licence de biologie. Nous avons un programme à suivre, mais nous pouvons l’aborder comme nous le souhaitons. C’est génial de les voir grandir et évoluer. En maternelle, le plus gros défi pour enseigner l’alsacien est de trouver des ressources physiques adaptées. Souvent, les albums traduits en alsacien sont bien trop compliqués. Un très gros travail a été réalisé par l’OPLA, notamment avec la création d’une plateforme dédiée.
Comment les enfants vivent cette cohabitation des langues ?
Ils se prennent au jeu, ils ne se posent pas de question. Je les plonge dans un bain de langue. Je leur parle en dialecte dès que je peux. Ils ne répondent pas forcément avec des phrases construites dès le mois d’octobre, mais ça vient rapidement. Ils ont davantage de capacités à apprendre à cet âge-là, en plus d’être très volontaires. Ils ont envie de bien faire. C’est très intéressant à observer. Dans cette classe trilingue, 75 % du temps est consacré aux langues régionales. Durant ce temps, l’allemand et l’alsacien s’entremêlent. Le reste du temps est dédié au français. Plus le temps passe, plus la part du français augmente. Après la grande section, les enfants sont dirigés vers des classes bilingues paritaires, 50/50 français-allemand. Nous essayons de les amener à du bilinguisme paritaire.

Les parents sont-ils aujourd’hui plus sensibles à l’apprentissage de l’alsacien qu’il y a quelques années ?
Peut-être. Le nombre d’élèves augmente doucement. J’aurai 22 élèves à la rentrée, contre 18 l’année dernière. Il y a une part de volonté des parents d’ouvrir l’esprit de l’enfant, c’est certain. C’est surtout le bouche-à-oreille qui fait que ces derniers en entendent parler et qu’ils lancent la démarche d’y inscrire leurs enfants. Tout dépend des années. Divers facteurs s’entremêlent.
Le théâtre alsacien est une autre composante importante de votre vie…
En effet. J’ai commencé à monter sur les planches quand j’étais toute petite, avant mes 10 ans, à la troupe liée à la chorale Sainte-Cécile de Rœschwoog. Le théâtre m’a permis d’utiliser l’alsacien en dehors du cadre privé. Je n’ai plus jamais arrêté. Je monte tous les ans sur scène pour des pièces diverses et variées. J’ai aussi commencé à jouer avec le Théâtre alsacien de Strasbourg en 2019. Nous entamons notre 129e saison. Les répétitions de notre prochain spectacle débuteront en septembre. Nous le présenterons sur scène du 8 au 11 octobre, sur la scène de l’Opéra de Strasbourg. Les répétitions avec la troupe de Rœschwoog suivront à partir de la mi-octobre, pour des représentations fin janvier 2027.
En mai, vous décrochiez un Trophée de Schwälmele. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?
Ça m’est tombé dessus presque par hasard (rires). Quelqu’un a dû proposer mon profil pour être candidat à ce trophée. Un jour, j’ai été appelée par l’organisateur de la cérémonie, qui m’a annoncé la bonne nouvelle. C’était une jolie surprise. C’est un trophée pour récompenser ceux qui s’engagent pour la langue et la culture alsacienne. Ça m’a permis de mettre en valeur ce que je fais. Ainsi, j’ai pu rencontrer beaucoup de personnes intéressantes, mais aussi élargir mon réseau.
Si vous pouviez convaincre quelqu’un d’apprendre l’alsacien, que lui diriez-vous ?
L’alsacien est une langue pleine de poésie, très imagée. Elle est fascinante. De plus, elle fait partie de notre histoire, de notre culture. C’est important de faire perdurer ce qui était là avant nous.



