vendredi 9 octobre 2026
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Edith Schneider – La photographe qui rapprochait les gens

Enfant, Edith Schneider n’aimait pas être prise en photo, on l’appelait la boudeuse… Mais peut-être que le cliché de ses aïeux daté de 1904 avec lequel elle a grandi a préfiguré son parcours de « photographe sociale », aujourd’hui à la retraite, à Schwabwiller.

Quel est votre parcours professionnel ?

Il est spectaculaire et extraordinaire ! Je suis entrée aux Arts déco par la petite porte pour être étalagiste—aujourd’hui on dit décorateur de vitrine. J’y ai rencontré un photographe, Michel Ott, à l’époque très dynamique et moins statique que les photographes des environs, on a fait un bout de chemin ensemble, je l’ai aidé à faire de la photo… Ce n’est donc pas par passion mais par nécessité bancaire que j’ai cumulé les deux : j’ai fait les vitrines de chapeliers, opticiens, pharmaciens, confection, lingerie, et dans la photo, c’était déjà du social, mariages, communions, etc. À lui le côté technique, à moi le côté sympathique des gens. On avait notre studio photo au moulin de Schwabwiller, et on faisait des portraits dans le jardin, à l’époque c’était assez rare.

Vous vous définissez comme photographe sociale, c’est-à-dire ?

C’est être un regard, un témoin. C’est garder la mémoire des événements, de la documentation, autant un mariage que l’industrie. Ce n’est pas que pour faire joli dans une chambre, ou donner aux grands-parents, puis aux enfants, mais pour dire plus tard, lui c’était le grand-père. Les portraits sont accrochés hypothétiquement dans les familles, ou dans les entreprises, quand le patron se mettait au milieu des employés. Il y a quelques années encore, on me demandait des portraits pour trouver du boulot, et peut-être qu’on les reprendra pour comprendre la vie d’un individu ou l’histoire d’un peuple.

Sa photo préférée, une rencontre lors du festival MIFAC à Angoulême : Dans l’atelier du peintre Yannis Markantonakis, avec Francis Kern. / ©Edith Schneider

Qui vous a inspirée ?

Willy Ronis, j’ai lu des bouquins, vu des expositions, et Lee Miller, je suis fan de chez fan. C’est extraordinaire que des gens comme elle spécialisés dans la mode, les artistes, la frivolité puissent se plonger dans des reportages de guerre pour témoigner de la vie.
Que pensez-vous de l’évolution de la photo ?
Avec les téléphones, les selfies, les photos spontanées, ce n’est pas forcément de la mémoire, plutôt un côté m’as-tu-vu, un besoin de se comparer. J’ai l’impression que tout le monde fait des photos tout le temps, par exemple, on va au musée, les gens photographient les tableaux et ne regarderont jamais leurs photos ! Ce que je ferais moi, c’est feuilleter un livre fait par un photographe…

Quelle est votre touche personnelle ?

Le montage a toujours été important, la photo doit raconter une histoire. Déjà avant le numérique, je découpais le personnage, je mettais un carton derrière et je faisais une superposition pour obtenir des tableaux. Moi je vendais des photos comme des puzzles, parfois des photos de 2 m de long, ou si les gens ne se parlaient plus, je les prenais séparément avec les mêmes éclairage et angle de vue, puis je composais le portrait, en rajoutant le tonton qu’on ne voulait pas voir pour que la grand-mère soit contente.

D’ailleurs j’ai toujours eu des problèmes avec les portraits assis, il faut placer les pieds, les mains, il y a des bourrelets, et je ne voulais pas les photoshoper. Du coup, je les prenais à partir du buste, mais après tout, les yeux sont plus importants et les visages traduisent plus aisément la personnalité ! Et comme le pop art m’a toujours plu, le numérique m’a attirée : quand on me demandait un portrait, je glissais un fichier Andy Warhol ! Donc je faisais des portraits pour mamies mais aussi pour plus jeunes, plus colorés ! Il fallait bien se différencier, et je ne me sentais pas légitime, on m’appelait la femme du photographe… Mais comme j’étais atypique et que j’avais du succès, il y avait peut-être quand même quelque chose.

Quel avenir voyez-vous pour la photographie sociale ?

Je n’en vois aucun, sauf pour certains artistes qui trouvent leur chemin à vendre leurs clichés, car il existe autant de photographes spécialisés que de métiers… Moi je suis artisan et hyper heureuse de l’être. Je ne sais pas si on peut vivre de sa passion, quand on parle de métier artisanal. La passion, c’est bien pour un hobby, un à-côté, cela fait du bien à l’âme et au cœur, mais pour un métier, il faut être dynamique, professionnel, mordant, et pousser des coudes.

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