« Ses 3 kilos en trop qu’elle aurait voulu voir disparaître, c’était moi. » Une phrase, et tout est dit. Glaçant. Si l’on croit encore que l’amour d’une mère va de soi, qu’il suffit de naître pour être aimé, c’est qu’on n’a pas encore croisé la route d’Aurélien, double romanesque de l’auteur. On songe à ces enfances sans tendresse de notre littérature. Après À pied d’œuvre, l’ancien photographe remonte aux sources de l’enfance : la rue Poliveau, le Paris des années 80, une mère que la maternité encombre plus qu’elle ne la comble, un père présent sans jamais l’être vraiment.
Chaque chapitre est un instantané. Faute d’avoir reçu quoi que ce soit en partage, Aurélien apprend la vie comme une langue étrangère : il observe, il copie, souvent à ses dépens. Son regard, naïf et lucide à la fois, devient le nôtre. Car c’est bien de violence qu’il s’agit. Jamais spectaculaire, toujours souterraine, elle se transmet sans bruit. La psychanalyse nous l’enseigne : l’enfant se construit dans le regard de l’Autre, et d’abord dans celui de sa mère. Que devient-on quand ce regard vous dit que vous êtes de trop ? Un homme dont les poings parlent à la place des mots qu’on ne lui a jamais offerts.
Pourtant, nul règlement de comptes ici. Franck Courtès écrit avec une pudeur remarquable et un humour qui désamorce le tragique. Sa marque de fabrique : toujours préférer la lumière. Peut-être sa botte secrète pour rendre la vie plus photogénique.Reste ce titre, qui dit tout de l’isolement d’Aurélien. Sa combinaison de cosmonaute devient un refuge contre le vacarme des adultes. Une bulle bien fragile, qui ne l’aura pas protégé de l’indifférence maternelle. De cette mère, on retient les colères froides, les absences. Et l’on reste, bouleversé, aux côtés de l’enfant qu’elle n’a pas su aimer.
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