Maxi Flash : Quel est le lien entre l’Alsace et Gatsby le Magnifique, de Francis Scott Fitzgerald ?
Daniel Hurstel : Mon parcours commence en Alsace à Rhinau, où mes parents avaient une distillerie, et quand j’étais petit, j’entendais beaucoup parler d’une pièce de théâtre que mon père et le curé du village avaient montée. C’était une adaptation en alsacien de Jedermann de Hofmannstahl, la pièce référence en Autriche. J’ai toujours eu le goût du théâtre, et je me suis dit si je la montais. On a eu pas mal de succès, ça m’a mis le pied à l’étrier, et lors de ma troisième pièce, Marie Stuart de Schiller, une amie me dit : tu devrais lire Gatsby le Magnifique. Je pensais que ce n’était pas trop mon truc les Rolls jaunes et les chaussures bicolores, mais je l’ai trouvé merveilleux, ainsi que l’envers du décor ! Oui, Gatsby fait des grandes fêtes, mais il sait exactement pourquoi, il a ce désir pour Daisy tellement fort en lui… J’ai toujours beaucoup aimé le désir, je pense que c’est ce qui permet de transformer le monde, j’admire aussi le rythme du livre, les descriptions et je me dis, je vais en faire une pièce. Comme je fais les choses assez à fond, je vais loin dans ma connaissance de Fitzgerald, et puis j’invente cette fiction autour d’un film de Thalberg en 1928.

Vous faites revivre Scott Fitzgerald et Hemingway dans des dialogues imaginaires. On se sait plus trop ce qui est vrai ou inventé…
Beaucoup d’anecdotes sont historiques, mais la trame est inventée. La villa des Murphy est historique, Scott et Zelda étaient à Juan-les-Pins pendant ces années-là, quant au voyage, Hemingway en parle lui-même dans A moveable feast mais l’invente probablement, et le film n’a pas eu lieu. Il admirait Thalberg ça c’est vrai, le mausolée au cimetière de Los Angeles est réel, mais la visite est inventée… C’est ce que j’aime, je ne pense pas que rêve et réalité soient très séparés…
Faut-il avoir lu Gatsby le magnifique pour lire Un désir nommé Gatsby ?
Non, mon souhait est que le livre se tienne en lui-même, et il ne faudrait surtout pas lire l’un puis l’autre. C’est un prétexte, vraiment, un support pour parler du désir, et il ne faut pas le prendre en voulant forcément tout comprendre. Au début, le but est d’emmener dans un voyage, sans expliquer le nombre de kilomètres et la latitude, et c’est ce qui fait les belles rencontres dans la vie.



