lundi 5 octobre 2026
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C’est ça ou mourir

Ainsi l’auteur Thélysson Orélien ne viendra pas en Alsace recevoir son prix Strasbourg. Accusé d’avoir utilisé l’IA et de plagiats, il est aussi exclu de la liste du Goncourt. C’est l’affaire du moment, le scandale a enflé comme la tête de Paul-Loup Sulitzer, m’a dit ma voisine en fermant C’était ça ou mourir qu’elle était en train de lire dans le parc à deux pas de chez nous. On profitait encore des beaux jours et du plaisir du vent doux et de la lecture. J’ai trouvé ce texte très fort, elle a ajouté, beaucoup mieux écrit que des romans qui ont fait le succès et la fortune de leur « auteur » avant l’IA.

Et le problème est bien là. Une machine créée par l’homme peut désormais écrire un livre, un roman présent sur les listes des prix les plus prestigieux, et personne ne voit rien venir. Vraiment ? Une IA avale les textes des écrivains, s’approprie leurs styles, leur imagination, leurs idées, et crache un texte encensé par la critique et les lecteurs. Thélysson Orélien a-t-il copié sur sa voisine IA pour avoir une bonne note à la rentrée, sa voisine qui elle-même avait copié sur tout le monde ? Partons du principe que c’est la réalité : l’IA a donc effectué le travail de création (les personnages, l’intrigue, le style…) alors que les écrivains aiment leur métier pour cela justement, pour le plaisir fou de la création qui est, le plus souvent, une nécessité.

Mais peuvent-ils utiliser l’IA ? Comme un outil ultra performant, pour des recherches, pour des propositions de synonymes ou pour corriger des fautes d’orthographe ou de grammaire, comme un super dico, pourquoi pas ; un texte a besoin d’être retravaillé, corrigé, ajusté, l’ordinateur est un gain de temps pour l’auteur et sa maison d’édition et il faut vivre avec son temps. Mais il va falloir mettre en place des garde-fous. Il existe des ghostwriter depuis toujours, leurs noms apparaissent parfois sur les couvertures, mais c’est rare, d’autres et non des moindres (t’as des noms m’a demandé ma voisine ?) n’ont pas cette délicatesse et se prennent pour de grands auteurs. Au moins dans ce cas, il y a un auteur qui a travaillé (sauf si le ghostwriter a utilisé l’IA, waouh…).

Alors, pour les livres « écrits » à l’aide d’une IA, il faudra vite établir des normes : fabriqué intégralement avec une IA par exemple (quel éditeur osera en premier ?), et d’autres règles encore, car on parle déjà de la fin de notre monde, de sa destruction, s’il est contrôlé par les IA, et le livre sera la première victime, une sorte d’autodafé dans les flammes de l’enfer IA. Créer des lois est une nécessité absolue pour que le travail des vrais auteurs soit respecté et ne disparaisse pas, mais les enjeux sont encore plus grands. Pour la littérature et peut-être même pour la survie de l’humanité, c’est ça ou mourir. C’est ce que doit nous dire l’affaire Thélysson Orélien. Cette chronique a été écrite sans IA, c’est garanti par ma voisine.

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