La fâcheuse bataille de Rouffach du Maréchal Lefebvre

Notre chroniqueur Ambroise Perrin nous propose pour cette rentrée une série qu'il intitule « Ce jour-là (en Alsace !) j'étais là... ». Chaque semaine une intrépide plongée littéraire dans des textes qui jalonnent l'identité de notre région. Cela commence toujours par une date précise pour raconter, avec un peu de dérision, une petite histoire. La littérature ayant le privilège de ne pas vérifier si tout est vrai, il reste l'essentiel, amuser les lecteurs de Maxi Flash.

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Le 24 avril 1804, le maréchal Lefebvre arrive à Colmar pour présider le collège électoral du département du Haut-Rhin. Il me dit qu’il veut profiter de l’occasion pour revoir sa ville natale, et nous voilà sur la route de Rouffach.

Avec Kellermann, Lefebvre va être nommé le mois prochain maréchal d’Empire honoraire par l’Empereur, je suis impressionné, mais ce qui l’attend à Rouffach est encore plus étonnant : cortège, salves d’artillerie, acclamations, service divin, discours et bien sûr un banquet. Le Maréchal me parle de son épouse Catherine Hübscher de Goldbach-Altenbach, tout le temps couchée, tout le temps enceinte… Treize de leurs quatorze enfants mourront en bas âge, et Catherine, que Napoléon aime beaucoup, a pour surnom « Madame Sans-Gêne ».

Et voilà que sur le chemin du retour, à Oberhergheim, un incident vient troubler la fête. À différentes reprises, des pierres sont jetées sur le cortège, et une des peaux de la grosse caisse des musiciens est fendue. Il y a là « négligence des préposés au maintien de la police » que le maire Landwerlin qualifie de« conduite malhonnête ». François-Joseph, qui pourtant est un vieux soudard, est vexé et le fait savoir, il me dit qu’il ne remettra plus jamais les pieds à Rouffach !

La brouille fut commune, il faudra attendre sa mort, en 1820, pour que son buste soit installé dans la grande salle de l’hôtel de ville et qu’une rue porte son nom. L’évêque Saurine devait se charger de l’érection d’un monument en l’honneur du père du Maréchal. On n’en parla plus jamais.

Mais on connaît l’épitaphe de piété filiale rédigée en français, en allemand et en latin par le maréchal, « le français comme grand patriote, l’allemand par égard à l’homme du peuple qu’il avait été enfant en Alsace, et le latin pour sa ferveur envers l’Église catholique ! »

Rouffach, curiosités historiques et archéologiques, Thiébaut Walter, 1926, impr. Keller.

Ambroise Perrin