À quoi ressemblait la vie quotidienne des habitants près du camp de Natzweiler en 1944 ? Colette habite Rothau, elle apprend le français clandestinement avec sa grand-mère dans la maison familiale, elle a une sœur et deux frères, dont l’aîné a disparu mystérieusement. C’est lui qu’elle croit reconnaître lorsqu’un convoi de prisonniers monte au camp ; elle met alors tout en œuvre pour s’en approcher, peu consciente du danger ou de la forme de résistance qu’elle endosse.
Après Des nazis habitent chez moi et Le retour du soldat Malgré-lui, dont certains personnages sont récurrents ici, Sylvie de Mathuisieulx distille une fois de plus la grande Histoire dans une histoire pour les enfants. Les faits réels, comme la construction du camp en 1941 « à l’emplacement d’une ancienne station de sports d’hiver très animée, au sommet du Mont Louise », ou la description des signes distinctifs sur les détenus —un triangle rouge pour les prisonniers politiques, le rose pour les homosexuels, le marron pour les Tziganes, le noir pour les asociaux…— côtoient les situations imaginaires : « Colette baisse les paupières. Il y en a vraiment beaucoup, des raisons d’être déclaré ennemi du IIIe Reich ! »
Si l’histoire se termine bien, l’ombre des disparus accompagne tout le roman, et le cahier historique de l’historien Cédric Neveu à la fin ramène à la réalité : « 50 000 prisonniers passent par Natzweiler et ses camps annexes. 17 000 d’entre eux meurent de faim, des maladies ou des coups ».



