Dès les premières pages, le roman s’impose avec une évidence presque visuelle. L’auteur y déploie une écriture fluide et maîtrisée, nourrie par son expérience de scénariste et de réalisateur. Cette dimension cinématographique traverse tout le texte. Les chapitres, courts et finement découpés, s’enchaînent avec naturel et instaurent un rythme à la fois souple et soutenu. Très vite, l’immersion est totale. Le récit nous entraîne à Anvers, dans les années 60 et 70, au cœur du monde fermé des diamantaires.
C’est un univers feutré, régi par des règles implicites, où des fortunes colossales se négocient dans la discrétion d’un simple “mazal”. L’auteur en restitue les mécanismes avec une précision remarquable, sans jamais alourdir le propos. Les codes, les hiérarchies, les tensions et les rivalités apparaissent au fil des pages avec une grande fluidité, portés par une intrigue solide et des personnages incarnés.
Au centre de cette fresque évolue Bennie, figure nuancée, loin des archétypes. Fils d’un homme pieux, chargé d’un héritage qu’il comprend mal, il est pourtant attiré, presque malgré lui, par le monde du diamant. Il avance avec hésitation, observe, apprend et prend des risques. Il doute, échoue parfois, mais persiste. On le suit dans cette trajectoire sinueuse avec une forme d’admiration mêlée d’appréhension. Peu à peu, Bennie Goodman devient Bennie Diamond. Cette tension trouve un écho dans la construction même du roman qui ne se limite pas à cette ascension.
Il remonte aussi aux origines, dans un shtetl polonais des années 30, avant la guerre et la Shoah. Grâce à des allers-retours subtils entre passé et présent, l’auteur compose une histoire familiale marquée par l’exil, les silences et la transmission. C’est un premier roman, ample et profondément immersif qui allie tension narrative et réflexion sur l’héritage et la liberté. Un texte lumineux et marquant, dont l’éclat ne peut que vous éblouir.
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