jeudi 30 mai 2024
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Sophie Hof – Sa nature la guide

Être guide-conférencière, c’est une expérience qui se construit au fil du temps : Sophie Hof, 33 ans, est née à Verdun dans une famille bilingue allemand, elle a fait ses études à Reims, Saumur et Angers, avant de travailler en Allemagne puis en Alsace et de mener des groupes de touristes à travers toute la France. Peut-être héritée de son père, cette envie d’organisation, en solo, derrière un bureau, puis de partage et de transmission, l’a incitée à créer sa boîte, F.O.X-Experiences, et à devenir la vice-présidente de l’Association des guides d’Alsace. Maxi Flash a suivi la guide à travers sa carrière.

Quel est le quotidien d’une guide-conférencière comme vous ?

Mon planning est complet, mes journées font déjà neuf ou dix heures, depuis qu’en 2020 j’ai pris un mi-temps chez un autocariste allemand : j’organise les excursions en bateau de croisière le long du Rhin. Le mi-temps me laisse la liberté de guider, tout en ayant cette connaissance du terrain pour les programmes.

Remontons un peu le fil du temps, quel est votre parcours ?

Au début, je m’intéressais surtout à l’histoire, mais les débouchés c’est prof ou archiviste… Même si j’ai un auditoire aujourd’hui, devant une classe, c’est vous que les élèves regardent, dans une ville, vous êtes l’intermédiaire, vous faites passer le paysage ou les monuments. À côté de ça, une partie de ma famille est allemande, je suis bilingue depuis toute petite, donc j’ai fait un BTS tourisme à Reims, et un des stages, c’était visite guidée : je me suis rendu compte que j’aimais. J’ai passé un an à Saumur, une des dix formations de guide-conférencier à l’époque où j’ai obtenu ma carte, mais j’ai quand même continué mes études parce qu’à 21 ans, je ne me voyais pas monter une entreprise. J’ai fait un master culture-patrimoine-tourisme et un stage de six mois dans l’administration des châteaux et jardins de Saxe, à Dresde en Allemagne.

Comment êtes-vous arrivée en Alsace ?

J’ai fait un stage à Mutzig pour le diplôme, je me suis fait de bons amis en Alsace, et j’ai toujours dit que je reviendrai aider pour la saison au fort de Mutzig. Après deux ans dans une agence, je trouvais Dresde—à la frontière tchèque—quand même loin, surtout pour la famille, alors je suis revenue. En 2016, j’ai franchi le pas, j’ai lancé mon entreprise, ça a tout de suite bien marché.

Comment les clients viennent-ils à votre entreprise F.O.X-Experiences ?

J’ai adhéré à l’Association des guides d’Alsace, c’est un très bon réseau professionnel structuré par langues. Son site internet www.book-a-guide.fr amène de la visibilité, c’est une plateforme de réservation qui permet de sélectionner par date, langue, et thème un guide et de le réserver. Les agences de voyages passent souvent par le site. Puis via les offices de tourisme, on remplit nos plannings, on y adhère ou on est partenaire, Strasbourg, Colmar, Thann, et Barr pour moi.

F.O.X a un lien avec le renard, en anglais ?

C’est parce que j’ai eu les cheveux teints en roux pendant des années, et mes amis m’appelaient Foxie ! F.O.X signifie Factory for Outdoor and cultural experiences (usine à expériences de plein air et culturelles, NDLR), ça résume bien mes propositions de guidage.

Vous faites par exemple des jeux de piste citadins, vous les concevez ?

J’ai commencé avec une école qui devait aller à Paris après les attentats, mais a choisi l’Alsace pour des questions de sécurité et m’a demandé un rallye pour des CM2. Je l’ai conçu entièrement à Kaysersberg, j’ai sorti les livres scolaires pour voir le niveau, et ça a donné un parcours d’1h30, avec des énigmes. En matière de temps de conception, une visite guidée de deux heures, c’est deux semaines de préparation, mais à la fin, c’est bien de voir que ça leur parle. Des années plus tard, ce que les gens retiennent ce sont les anecdotes, des petites blagues font les souvenirs de visite, et ils retiennent peut-être une information aussi.

Parmi vos propositions, vous guidez des groupes partout en France, quels coins préférez-vous ?

J’aime particulièrement les Pays de la Loire, c’est là que j’ai fait mon master en 2013 à Angers, c’est un coin très agréable. La Bretagne aussi, la Provence, ce sont mes trois gros pôles, mais je n’ai plus vraiment le temps ces dernières années. D’un côté, c’est un regret parce que ça me permet de voir autre chose, avec le même groupe pendant dix jours. Mais de l’autre, non, parce que c’est une grosse préparation et H24, c’est très fatigant, vous êtes susceptible d’être réveillée la nuit pour appeler les secours par exemple.

Avez-vous eu des demandes farfelues de la part de clients ?

L’un d’eux m’avait ennuyée toute une semaine parce qu’il n’avait pas la télé allemande dans sa chambre, normal en Provence ! (rires) Certains embêtent le guide toute la journée, ils parlent par-dessus nous de façon ininterrompue. On en rigole par après… Au fort de Mutzig, on a même fait un cahier de perles, par exemple « le béton est une roche très dure à creuser », ou quand on explique que le fort est construit 200 m au-dessus de la vallée, et qu’il est très difficile de le prendre, deux visiteurs ont trouvé la solution : « Il faut l’inonder ! » Mais oui, inondons la vallée ! Beaucoup de choses finissent par marquer, que ce soient les clients ou les collègues.

Les collègues aussi interfèrent dans vos explications ?

En autocar, on est obligés d’être en binôme avec le chauffeur, et 90% du temps, ça se passe bien. Lors d’un séjour à Paris, le chauffeur avait été d’avis de prendre le micro systématiquement derrière moi, mais ça ne correspondait pas à ce que j’avais dit… Je passais pour une abrutie, l’âge aidant, il avait raison, j’ai laissé couler.

En Alsace, quels coins attirent les visiteurs ?

Le tourisme en Alsace se passe principalement entre Strasbourg, Colmar et la route des Vins, Sélestat un peu moins déjà alors qu’elle a beaucoup à offrir. Les scolaires vont au Struthof, et la route des Crêtes fonctionne bien en été, son côté panoramique, avec le Grand Ballon, une ferme-auberge pour manger, le col du Linge ou le Hartmannswillerkopf pour le souvenir.

Et les Alsaciens demandent-ils à visiter l’Alsace ?

Les Alsaciens demanderont Strasbourg en alsacien par exemple, mais pas avec moi—pas encore ! Ou alors Neuf-Brisach, ou une dégustation de vins particulière, des choses qui sortent des sentiers battus, sinon ils connaissent déjà.

Et vous, où aimez-vous vous ressourcer ?

Dans la forêt, derrière Barr où j’habite, le long des anciennes voies de chemin de fer et de Schlitt. C’est très calme, dense, j’y fais des promenades avec mon chien. C’est un endroit reposant. Et si je dois sortir d’Alsace, je choisis la Forêt noire. En fait, les montagnes : même au Canada, j’étais dans les Rocheuses, c’est extrêmement apaisant pour moi. En forêt, en pleine nature, normalement il n’y a pas trop de monde autour, ça permet de recharger les batteries.


 

Le chiffre : 120

C’est le nombre de guides-conférenciers encartés adhérents à l’Association des guides d’Alsace, qui parlent douze langues : allemand, anglais, alsacien, italien mais aussi catalan, serbo-croate ou ukrainien.


 

Qu’est-ce que la carte professionnelle de guide-conférencier ?

Elle est délivrée par le ministère de la Culture, après une licence professionnelle et un master de guide-conférencier. Sophie Hof précise : « Après le covid, la demande a nettement augmenté notamment de guidage anglophone, et certaines agences de tourisme ont commencé à prendre des guides non professionnels. C’est problématique pour nous, parce que c’est une zone grise dans l’espace public. Cela porte préjudice à la qualité et aux tarifs ».

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