Il me tardait d’ouvrir ce livre. Les commentaires enthousiastes m’ont intriguée, et la promesse d’un roman épistolaire a fini de me convaincre. Ajoutez à cela une couverture sublime, élégante, presque intemporelle, et le désir de s’en emparer est devenu irrésistible.
Dès les premières pages, le décor s’installe avec douceur. Nous voici dans un salon feutré du Maryland. Une femme âgée est assise à son bureau, une tasse de thé fumante à portée de main. Le temps semble suspendu. Cette femme, c’est Sybil Van Antwerp, bientôt octogénaire, ancienne juriste, mère, femme marquée par des blessures anciennes, mais toujours animée par une formidable vitalité intérieure.
Sybil écrit. Tout le temps. À ses enfants, à ses amis, à ses voisins, parfois même à des écrivains qu’elle admire. Lettres manuscrites, courriels, fragments de journal intime composent la trame de ce roman et dessinent, par touches successives, le portrait d’une femme libre, lucide et profondément attachante.
Chez elle, l’écriture n’a rien d’un caprice nostalgique. Elle est un pilier, une manière d’exister au monde, de dire sans détour ce qui doit l’être. À travers ses missives, on s’attache à cette femme qui ne fait pas dans les faux-semblants, préférant toujours la vérité, même tranchante, aux consolations de façade.
Un jour pourtant, l’équilibre se fissure. Sa vue baisse, une lettre anonyme au ton menaçant surgit, et le passé, longtemps tenu à distance, réclame soudain d’être revisité. L’écriture devient alors un passage obligé vers le passé, forçant Sybil à rouvrir ce qu’elle avait tenu à distance.
Sous une apparente légèreté, le roman aborde la solitude, les liens familiaux, le vieillissement et la place des femmes avec finesse et humanité. Jamais pesant, toujours vibrant, il offre une lecture lumineuse et réconfortante. Un livre à savourer en hiver, sous un plaid, une tasse de thé à la main, comme une conversation précieuse qui réchauffe longtemps.




