Raymond, ou REW comme il aimait signer ses œuvres, est sans aucun doute l’artiste contemporain le plus alsacien de tous. Il était l’ami de Tomi et d’autres qui sont partis s’établir ailleurs, mais Raymond se cantonnait entre son Neudorf natal et sa ferme à Hindisheim. Il avait plusieurs fils à la patte, l’Alsace, Lydia Jacob sa muse, son compère Philippe Schadt dans le village voisin et ses amis proches. Son grand fait d’armes international fut la Biennale de Venise en 1978, mais son rayon d’action géographique était l’espace rhénan, connu comme le loup blanc entre Vosges et Forêt-Noire, ce qui ne l’empêchait pas de partir pêcher au loin, ou d’entreprendre des missions et des résidences « céramique » en Crète.
Raymond laissa en héritage son archéologie du futur : Mutarotnegra 3790 apr. J.-C. Pour Venise déjà, l’Homme de Frédehof est le premier jalon d’un vaste travail de mémoire avant la création de ce caveau de Mutarotnegra, tiré du nom antique de la ville de Strasbourg/Argentoratum en lecture inversée. Un cataclysme détruit la cité qui dort ensevelie sous les sables et qui n’est plus localisée que par une flèche en grès rose finement sculptée qui émerge des dunes environnantes. Il y a aussi Kassel avec un second caveau, baptisé Lessak.
Donc 3790 sera l’année Waydelich, espérons que les nombreux archéologues du futur sauront comment rendre hommage au pionnier d’une discipline. Raymond était fantasque, il aimait s’entourer de copains pour refaire le monde dans de franches rigolades, dans un monde moins triste, moins belliqueux et surtout plus amusant. On a tous en tête de bons souvenirs de Raymond. à Strasbourg, il laissa aussi ce point de convergence, un plan relief en bronze, place d’Austerlitz et la girouette face à la Médiathèque Malraux, Les vents du Rhin.
En 2024, plusieurs amis alertent : Raymond Waydelich n’a jamais eu le Bretzel d’or. Il était heureux de recevoir la lettre qui annonçait sa distinction, mais en octobre, au moment de la cérémonie, il avait déjà décidé de rejoindre ses mythologies, son bestiaire et ses fictions avec de la Schmierwurscht, sa fameuse saucisse à tartiner. La distinction a été remise à son frère Francis, à titre posthume (photo).



