Sa puissance de 75 chevaux, son mètre de large, son centre de gravité, et son rayon de braquage de 2,75 mètres, sont pensés pour passer entre les pieds de vigne en sécurité, avec une excellente stabilité « pour répondre à l’exigence des terrains compliqués, étroits et accidentés », décrit Léa Guillet qui s’occupe de la communication de ce tracteur fabriqué dans les ateliers du Groupe Guillet à Gresswiller. Mais comment la PME spécialisée dans la transformation d’inox, d’aluminium, d’acier et la fabrication d’éléments techniques destinés à l’industrialisation alimentaire, pharmaceutique, l’événementiel et ferroviaire s’est retrouvé dans cette aventure ?
« Robert Lohr m’a appelé en 2014, il s’était intéressé à l’opportunité de remettre sur le marché ce véhicule né chez Dromson à Sélestat, le JDS qui fut la référence en Alsace pendant plusieurs décennies, mais la société avait déposé le bilan en 2006. Le patron de Lohr Industrie a imaginé que l’on pouvait faire revivre le produit. Louis Dromson m’a expliqué qu’il y avait une opportunité, car 800 véhicules avaient été fabriqués entre les années 80 et 2006, qu’il y aurait une rotation et que le marché était mûr avec des clients à moins de 100 kilomètres de chez nous », explique Fabien Guillet, le patron. TractoVigne est devenu le descendant du JDS.
Un vrai pari
L’idée était de produire 10 à 15 véhicules par an vendus entre 95 et 115 000 euros, de garder les caractéristiques du produit parfait pour les vignerons, de modifier simplement le design, mais la législation européenne en matière de normes antipollution et de sécurité a changé et ralenti la rentabilité du tracteur. Avec un investissement d’un peu plus de 3 millions d’euros depuis 2014, dans un marché d’ultraniche, le pari était risqué pour Guillet, mais la PME prend son temps, la marque Tractovigne existe, elle a une valeur et un savoir-faire : « Le tracteur est monté « à la mano », ici à Gresswiller, on livre « une Bugatti », nos clients sont en direct avec le fabricant, on est là, on suit », conclut Fabien Guillet, heureux de voir son tracteur reconnu par la nouvelle génération de vignerons pour qui une offre de location est aussi en place. Guillet ne cache pas que l’objectif est de vendre Tractovigne sur le marché européen, pour que l’Alsace connaisse encore l’ivresse de la réussite.



