« Il y a toujours eu de la vigne en Alsace du Nord », lance d’entrée Franck Spielmann, directeur de la Cave vinicole de Cleebourg. En effet, avant la Seconde Guerre mondiale, les vignes existaient déjà, mais la culture n’était pas professionnelle : « Les propriétaires terriens produisaient mais ne vendaient pas massivement comme aujourd’hui. Les productions étaient presque personnelles. Le vin ne payait pas ».
Durant la guerre, la population de Cleebourg et environs a été déplacée en Haute-Vienne. Quand les locaux sont revenus sur les terres, les tonneaux étaient à sec et les vignes n’avaient pas été entretenues : « Les nazis en avaient même arraché une grande partie pour y planter des choux ». Après la guerre, il a fallu tout reconstruire, et c’est dans ce contexte que les vignerons locaux ont décidé d’unir leurs forces à travers une cave coopérative.

Ainsi, la Cave vinicole de Cleebourg a vu le jour en 1946 : « La première récolte, en 1947, ne concernait que 60 hectares de vignes, gérés par 300 adhérents.
123 000 kilogrammes de raisins avaient été récoltés, soit 920 hectolitres de vin. En comparaison, de nos jours, nous comptons 130 apporteurs de raisins répartis sur 200 hectares de vignes. Ils produisent chaque année 14 000 hectolitres ».
Une cave identitaire
Depuis 80 ans, la Cave de Cleebourg unifie le vignoble d’Alsace du Nord. Intégrée à la Route des Vins d’Alsace, mais géographiquement isolée de plus de 60 kilomètres, la cave a développé son identité propre : « Notre ancrage est fort sur ce territoire », rappelle Franck Spielmann. Chaque année, son point de vente accueille plus de 50 000 visiteurs, ses vins sont servis dans près de 200 restaurants en Alsace du Nord et de nombreux particuliers et associations font appel à ses services : « Notre implantation est forte. Nous ne sommes pas dépendants de l’export.

Notre modèle économique consiste à être fort chez nous, sur nos terres. Acheter Cleebourg est un achat partisan ». Malgré le contexte compliqué et incertain, le directeur de la cave positive : « Notre secteur d’activité est en souffrance, certes, mais nous restons sereins et optimistes pour notre futur. Nous tenons à rester indépendants et à continuer à faire ce que nous savons faire », conclut Franck Spielmann.


