Quel est votre parcours jusqu’à devenir responsable des Salons culture, dont ST-ART ?
Je suis arrivée en 2023 à Strasbourg Events en tant que chargée d’affaires, pour chercher des exposants, galeristes, institutions, et depuis 2026, je m’occupe de ST-ART, de la nouveauté Strasbourg Art week, des expositions du hall Tivoli comme Titanic, et aussi de ST-ART Bretagne. J’ai fait une licence en histoire de l’art à Strasbourg puis un master en conservation et gestion des œuvres du 20e et 21e siècle à Montpellier. De là, j’ai été en stage dans la galerie parisienne 1900-2000, avant d’y travailler pendant huit ans.
Que retenez-vous de ces années au cœur du marché de l’art ?
Surtout les rencontres artistiques, comme Raymond Waydelich, car il est haut en couleur, il a une vision globale de l’art, mais aussi Sophie Calle, une artiste contemporaine française de renommée internationale. En fait, dans ce métier, on est toujours face aux œuvres, alors pouvoir rencontrer les artistes et discuter de leur parcours et leurs influences, c’est très inspirant.

ST-ART a 30 ans cette année, quelle est son évolution ?
Le contexte économique et politique change la donne surtout au niveau des galeries. Il y a trente ans, ST-ART était la première foire en région et n’avait pas de concurrence directe. Maintenant le marché s’est développé, à Lille, Grenoble, Montpellier… Mais aussi, face aux difficultés qu’ont les galeries, il est important de les accompagner en mettant en place des tarifs accessibles, par exemple pour les galeries qui n’ont jamais exposé à la foire, car elles ont des frais logistiques conséquents, hôtel, transports… En 2025, on a aussi lancé l’espace Start your collection réservé aux œuvres de moins de 1000 €, des tableaux, gravures, lithographies mais toujours de qualité. D’ailleurs chaque galerie passe devant un comité de sélection –composé de Georges-Michel Kahn, Stéphanie Pioda et Rémy Bucciali— soit une promesse d’œuvres cohérentes au niveau des prix aussi. On ne se revendique pas Art Basel loin de là, on préfère être dédié à un public qui peut se permettre une petite œuvre et y prendra goût.
Y’a-t-il des thématiques sur la sélection d’œuvres ?
Non, on préfère laisser la liberté pour avoir la variété. Peut-être cette année, il y aura un peu plus d’art urbain, avec six galeries comme la Galerie Tschaen à Colmar qui vient pour la première fois, ou la galerie Murmure, de Colmar aussi, avec une artiste grecque qui sculpte le fil métallique, ou encore Malagacha à Strasbourg qui revient. En revanche on fait des focus dans l’ancrage alsacien, c’est important de mettre cette richesse en avant : depuis 2024, l’art verrier est de retour—il faut savoir que ST-ART a commencé avec l’art verrier—avec les Étoiles terrestres, que sont le musée Lalique, le site verrier de Meisenthal et la cristallerie Saint-Louis. L’ESGAA également, une association de collectionneurs qui soutient ST-ART depuis ses débuts, et présente Anne Peters et ses œuvres en verre d’une finesse incroyable, de façon immersive avec des projections sur le mur. Enfin, un focus supplémentaire concerne l’édition, en lien avec Gutenberg, l’impression avec le musée Unterlinden de Colmar et la présence de l’atelier les Poissons balistes qui amènera des presses. Une exposition du graveur Philippe Mohlitz proposera aussi une rétrospective assez conséquente de 86 œuvres.

Quelles nouveautés pourrait-on citer ?
C’est la première fois que nous accueillons deux galeries roumaines qui présentent deux artistes qui ont reçu le National Prize pour la peinture et la sculpture. Une conférence par l’ancienne conservatrice du centre Pompidou sur l’artiste roumain Brancusi est aussi prévue le 15 novembre, et la présence de l’art textile qui a le vent en poupe actuellement nous ravit. Autre nouveauté, la galerie parisienne Hioco, qui présentera de la céramique japonaise contemporaine, entre tradition et modernité. Le FRAC Alsace revient aussi avec l’exposition Seconde nature, formes du vivant.
Qu’en est-il de la jeune création ?
Depuis 2023, la Haute École des Arts du Rhin (HEAR) est présente avec un stand, cette année dédié à l’illustration. Les étudiants sélectionnés vont pouvoir vendre leurs œuvres, et c’est super intéressant dans un contexte pédagogique, face à des collectionneurs, de pouvoir mettre un prix sur une œuvre. Parfois des galeries exposantes sur ST-ART découvrent un artiste et l’exposent, car c’est un endroit de partage. On voit les choses d’un bon œil, c’est important dans les années à venir d’être dans l’accompagnement, on ne fait pas les choses que pour l’argent mais aussi par passion.
Le chiffre
12 572 : C’est le nombre de visiteurs en 2025, pour 60 exposants (comme cette année) soit plus de 700 œuvres exposées.
L’info en plus
ST-ART, qui signifie à l’origine STrasbourg et ART, est devenu une marque en 2025 qui prend la signification de « début » avec ST-ART Bretagne dont la première édition a eu lieu en janvier dernier. Avec ses trente ans d’expertise à Strasbourg, l’équipe cherchait le même ancrage territorial en Bretagne, avec sa tradition de fondations, centres d’arts, musées et galeries. L’écrin du couvent des Jacobins à Rennes a accueilli 23 galeries et 5000 visiteurs, avant une deuxième édition en 2027.



