dimanche 16 juin 2024
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Ce qu’on devient de Anne-Sophie Brasme

En 2001, à 17 ans, Respire son premier roman la projeta sur le devant de la scène littéraire. De succès en déconvenues, l’autrice nous livre un texte fort sur le chemin parcouru. Éditions Flammarion.

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Pourtant c’est à cet âge-là que la narratrice entre avec gloire dans le monde des écrivains reconnus et encensés. 17 ans, l’âge de tous les possibles, celui pour l’autrice d’un temps suspendu où les jours au lycée côtoient les interviews dans les salons feutrés des cafés de Saint-Germain-des-Prés. De cette inexpérience qui l’habite, de ses doutes qui la paralysent, de ces codes qui lui échappent, elle va naviguer à vue sur une mer dont les tempêtes ne l’épargneront pas. De ces portes qu’elle espérait voir s’ouvrir, de ces mots qui l’ont propulsée vers un ciel étoilé, la jeune fille aux accents provinciaux va brûler ses ailes trop vite déployées. À 17 ans tout est fragile et friable et « de jeune prodige à la gaucherie pleine de charme », la jeune fille va encaisser les coups bas et les moqueries la renvoyant à ce statut proclamé « de petite dinde »,
d’un milieu littéraire féroce et sans pitié.

De quoi rêvait-elle cette gamine lorsqu’elle franchit la porte dorée du bureau d’un éditeur parisien avec fébrilité ? Que ses mots flamboyants l’adouberaient pour l’éternité, transformant l’invisible qu’elle était en une écrivaine accomplie. C’est en tous cas ce désir qui emplit les pages de son cahier d’adolescente, cette vie future qu’elle rêve en quadricolore.

C’est ce cahier aux accents autobiographiques extirpé d’un carton, vingt ans plus tard, qui devient la matière du récit. Ce qu’on devient, c’est la femme d’aujourd’hui qui s’adresse à la jeune fille de 17 ans, narrant avec sensibilité et clairvoyance le chemin parcouru, loin de celui attendu. Elle se livre avec honnêteté sur les possibles avortés et sur le retour âpre à la réalité, teinté de frustrations, d’amitiés interrompues et d’amours toxiques. De cette détestation de soi, emprisonnant le corps, le cœur et surtout les mots, il a fallu combattre les monstres pour tenter d’exister à nouveau, libérer la femme et à travers elle, l’écrivaine meurtrie. Et puis un jour on accepte que les mots à nouveau tourbillonnent et jaillissent, puissants et généreux, dans un souffle permettant de célébrer la vie et cette possibilité d’être soi, enfin.

Isa sur insta : l’odyssée des mots

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