Avec un père allemand et une mère française, quelle langue parliez-vous durant votre enfance ?
L’alsacien et le palatin dans ma famille ! Ma mère a essayé de parler français avec moi, mais je répondais en allemand, bien que j’aie toujours eu le français dans l’oreille à la maison. On regardait La roue de la fortune à la télé par exemple, je passais la frontière, même à pied, je me souviens de mon premier vélo Peugeot que nous avions ramené en Allemagne, on se posait encore des questions de douane, c’était une autre époque…
Cela fait dix-huit ans que vous travaillez à l’Eurodistrict PAMINA. Y a-t-il un projet en particulier que vous avez porté avant de devenir directeur ?
Oui, le fonds petits projets en 2021, nous étions les premiers dans le Rhin supérieur à le faire, il existe toujours. Cela m’a permis de découvrir le programme Interreg qui dicte les règles. Le fonds est axé jeunesse et sport et tout ce qui permet la rencontre du citoyen, avec les associations, les bénévoles, qui d’ailleurs ne sont pas experts en matière de financement européen, l’enjeu était de décomplexifier le tout. Nous avons soutenu le Festival photo nature, l’éducation à l’environnement avec le CINE, le centre de rencontres Albert Schweitzer, les établissements scolaires…

Douze personnes travaillent dans ce batiment inauguré en 2011, quels projets concrets pourrait-on citer ?
Dans le tourisme, début 2027, nous allons éditer une carte commune des stations thermales françaises et allemandes, ainsi qu’une carte bonus avec des entrées gratuites. C’est un échange de bonnes pratiques, pour s’inspirer du fonctionnement de chacune, sans concurrence. Ensuite, notre projet Interreg territoire de santé Pamina, qui concerne la coopération interhospitalière, mais aussi la création d’une plateforme numérique entre les hôpitaux en cas de crise, l’étude de faisabilité d’un corridor sanitaire, la prévention du réchauffement climatique avec un plan transfrontalier pour protéger les habitants. Enfin, nous avons un groupe de travail pour parler par exemple des feux de forêt, les pompiers sont un excellent exemple de coopération : des caméras communes ont été mises en place, Français et Allemands fonctionnent différemment, mais ont toujours cette solidarité.
Pour le grand public, les projets les plus visibles sont peut-être ceux du sport, de la culture, ou de la mobilité ?
Oui, comme le triathlon PAMINA qui a affiché rapidement complet, ou le projet Stadttheater Baden Baden avec l’UP Wissembourg qui va organiser un festival de théâtre pour les jeunes l’année prochaine. Quant au développement durable, c’est un grand enjeu, la mobilité est un marathon très politique. On peut citer le nouveau projet de minibus sur demande de Wissembourg-Südliche Weinstrasse, le bus Rastatt-Soufflenheim que nous aimerions prolonger jusqu’à Haguenau, la mise en réseau des pistes cyclables, le portail mobilité Region Karlsruhe élargi côté français… Un des enjeux est d’informer les gens sur tout ce qu’on fait, et Yannis Ott a repris mon ancien poste de chef de projet communication pour être plus présent sur les réseaux, et informer les élus aussi.
Globalement, les régions frontalières sont-elles mieux loties que les autres ?
Le problème pour nous de chaque côté, c’est la frontière administrative, le contrôle de chaque État ou organisation qui fonctionne à 360°. Par exemple pour tout ce qui est commerce et artisans, c’est quand même un frein, plus on coopère, plus on découvre d’obstacles. Autre exemple, l’apprentissage, on a signé un accord à Lauterbourg avec les deux ministres des Affaires étrangères, mais plein de questions pratiques se posent dans le détail. Mais si on est intelligent, alors on voit l’intérêt de la coopération transfrontalière : ce n’est pas un luxe, mais une nécessité, parce que le bassin de vie est transfrontalier. En regardant dans l’histoire, on allait bien quand on a travaillé ensemble, et mal quand on n’a pas coopéré, cette leçon est toujours vraie. Concrètement à Altenstadt, on a construit une station d’épuration franco-allemande qui a coûté moins cher, est plus grande et plus moderne, parce que France et Allemagne sont partenaires et que l’Union européenne a participé. Donc notre rôle est de chercher les complémentarités, voir où on peut mutualiser.

Il y aurait 16000 Alsaciens transfrontaliers, c’est un nombre actualisé ?
C’est une estimation, ce serait plutôt 14000 depuis le covid, avec le télétravail et le développement économique. Le monde du travail est en pleine transformation, avant les gens travaillaient principalement à l’usine. Il y a aussi la question de la langue : l’alsacien était une clé pour ouvrir la porte vers le marché du travail en Allemagne. Nous n’avons pas de levier direct, si ce n’est soutenir les élus, et susciter l’intérêt pour la langue du voisin, comme les rencontres PAMINA Sport depuis 1992 : plus de 4000 élèves des trois territoires ont passé une nuit chez l’autre, et si 400 disent c’était sympa, je vais apprendre sa langue, c’est déjà ça. D’ailleurs notre vice-président est Victor Vogt, qui est aussi président de l’Office public de la langue régionnale d’Alsace (OPLA).
Quelles sont les priorités pour les années à venir ?
Le plan d’action mobilité de 2016 sera revu en 2027, qui sera aussi la prochaine période de programmation Interreg VI. Les priorités changent avec l’actualité, la résilience, l’entraide en cas de catastrophe, sans oublier la culture, la société civile, car si les gens ne se rencontrent pas, la coopération est vidée de son sens. Quand on a des réunions du bureau, l’Oberbürgermeister de Karlsruhe va discuter avec le président d’une petite comcom, à même hauteur, et ça c’est très précieux.



