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Les mots intergénérationnels de Simone Morgenthaler

Après Nos mots doux et Nos mots cochons, le troisième tome du lexique en alsacien de Simone Morgenthaler vient de paraître (I .D. l’Édition) : Nos gros mots est un opus assez fleuri sur un vocabulaire que tout le monde a déjà entendu.

De son enfance et surtout du village de sa maman, Lochwiller, Simone Morgenthaler retient les noms d’animaux que se lançaient « non officiellement » les voisins. « Dire d’un homme qu’il est un Hangscht, ce n’est vraiment pas un compliment ! se souvient-elle. Cela n’a rien à voir avec l’étalon en français, le séducteur, non, c’est vraiment quelqu’un qui dépasse les bornes. Et moi petite fille, comme je ne connaissais pas les mots français, je trouvais ça incroyable un village composé d’étalons et de truies (e Mohr) ! »

Capacité d’invention et de composition

C’est sa fille, Lucille Uhlrich, qui l’a poussée à répertorier les mots alsaciens de leurs enfances respectives. Également illustratrice des trois tomes, « elle a voyagé dans le monde entier avant de revenir à ses racines alsaciennes et de reparler le dialecte ». Paradoxalement, l’alsacien se transmet à l’oral : « Cela me fait frissonner de penser qu’une langue a traversé un millénaire sans être écrite, c’est si rare, elle mériterait toutes les protections ! estime Simone. Je ne voulais pas que cela se perde et qu’on oublie combien cette langue est capable d’humour. C’est presque du surréalisme cette capacité d’invention et de composer des mots en plusieurs termes, ce que la langue française ne permet pas ».
Le rôtisseur des fourmis, de Amëisebraadler, le chasseur de pets d’ânes, de Eselpfùrzjajer,
« c’est inimaginable, mais ce sont de très beaux noms ! », sourit l’autrice. Elle pointe aussi « la cruauté parfois » : pour un fonctionnaire par exemple, un chieur de petits pointillés, e Tìpfeleschisser, ou celui qui lèche l’encre, e Tìnteschlacker: «C’est parfois très injuste, il y a des flemmards dans tous les domaines…»

Finalement, à force de souvenirs et avec l’aide de ses proches, « le lexique des gros mots est devenu très gros, le double des mots doux. Ce qui voudrait dire qu’en Alsace, on se dit plus de mots vaches que doux ! »

Rencontre avec Simone Morgenthaler le 3 décembre 14h à la Maison de la presse à Haguenau.


Les recettes aussi se transmettent

En 1992, Simone Morgenthaler sortait Les meilleures recettes d’Alsace. La Nuée bleue vient de le rééditer, ainsi que les opus sur les desserts et Noël. Elle s’en étonne encore :
« Je pense que 10 ans pour un livre ça commence à être démodé, 20 ans, c’est ringard et 30 ans, ça devient collector ! » Les mots en alsacien, les dictons, les photos rétro y figurent à l’identique. Mais « ce ne sont pas simplement des recettes : quand je fais la galette de pommes de terre de ma mère, je pense au tablier qu’elle portait, c’est lié à tous les sens, aux émotions. » Et il est bien question de transmission, puisque les jeunes générations les achètent pour les anciennes…ou l’inverse.

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