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Les regards de Simone : Nenad Levatic, la maîtrise de la peinture sous verre

L’artiste haguenovien Nenad Levatic maîtrise à merveille la technique de la peinture sous verre. Ses tableaux sont à voir au musée de l’Image populaire de Pfaffenhoffen jusqu’au 13 novembre. Il y est revenu 30 ans après sa première exposition, pour donner à voir l’évolution de sa large palette en peinture naïve, religieuse, moderne et ses sculptures.

La lumière et la pureté qui émanent de ses paysages de neige, de ses ciels bleus, de ses vues bucoliques, apportent douceur et bienfait. Ses paysages pourraient être alsaciens, mais ils sont de Croatie, la région d’où il vient et qu’il a quittée il y a cinquante ans pour l’amour d’une Alsacienne devenue sa femme.

Je suis né à Varazdin dans une région qui a connu divers changements de nationalité, comme l’Alsace. Mes parents sont nés sur une terre autrichienne qui faisait partie de l’empire austro-hongrois. Ensuite, diverses républiques furent réunies au sein de la Yougoslavie, jusqu’au conflit serbo-croate. Mon enfance était heureuse. Mon père était serrurier et employait 28 personnes. L’été, je me rendais à la campagne où nous avions un hectare de vignes. Ces paysages sont ceux que je peins toujours dans mes tableaux.

Nenad Levatic dans son atelier. / ©S.Morgenthaler

Nenad se forma en ferronnerie d’art aux Beaux-Arts de Graz en Autriche. Il aurait pu reprendre l’entreprise de son père, mais le destin en décida autrement. Membre d’un groupe de danses folkloriques, il vint avec lui en septembre 1970 à Haguenau pour la Fête du houblon.

J’y ai rencontré Christiane et nous sommes tombés amoureux. Je suis rentré trois mois plus tard pour fêter Noël avec elle. En mars 1971, je suis revenu fêter mon anniversaire et je ne suis plus reparti ! Je suis arrivé avec une valise et 300 Deutschemark en poche. Il était exclu que je continue ici mes études aux Beaux-Arts, car je n’en avais pas l’argent. C’est ainsi que j’ai commencé à peindre.

La difficulté de cette peinture à l’huile, appliquée à l’envers sur le verre, c’est qu’elle ne donne pas droit à l’erreur. La finesse du trait au pinceau en poil de blaireau doit être immédiate. Elle exige un regard particulièrement acéré et le cerveau doit imaginer comment la peinture rendra à l’endroit.

Les paysages de Nenad Levatic pourraient être alsaciens, mais ils sont de Croatie, la région d’où il vient. / ©S.Morgenthaler

Nenad explique :

Je commence le tableau en appliquant sur la vitre vide ma signature, qu’il faut écrire à l’envers. Il faut commencer par les détails et laisser longuement sécher. Un tableau prend un mois, car les temps de séchage sont longs entre les diverses couches : la peinture à l’huile sèche moins vite sur du verre que sur de la toile.

Il a peint inlassablement dans ses moments libres, alternant les peintures traditionnelles, de facture naïve, avec des tableaux modernes, des nus féminins notamment, aux nuances si délicates à obtenir.

Ll y a quelques années, j’ai fait une exposition de mes tableaux de nus à Haguenau : j’eus droit à des réflexions désagréables. Aussi, l’année suivante, j’ai exposé une série de tableaux religieux, de saints, des représentations qui sont le fondement de la peinture sous verre.

Il est aussi réputé pour ses sculptures, en bois, en fer ou en fil de fer. Souvent y reviennent les chats et les vaches, ou les positions du Kamasutra, qui témoignent du geste artisanal maîtrisé, quel que soit le matériau utilisé. Il a appris l’alsacien avec aisance et dit se sentir autant Alsacien que Croate.

Ce qui est sûr, c’est que je me sens de culture germanique. En arrivant en Alsace, je parlais le croate et l’italien. Je me suis inscrit aux cours du soir pour apprendre l’allemand. Avec ma femme, j’ai appris l’alsacien. Et le français, je l’ai appris par Jean, mon fils unique.

Les paysages de Nenad Levatic pourraient être alsaciens, mais ils sont de Croatie, la région d’où il vient. / ©S.Morgenthaler

Les peintres sous verre sont peu nombreux en Alsace : Yves Siffer, André-Pierre Schmitt, Philippe Stoll, avant eux, il y avait Rudi Grossmann. C’est une voie rare car difficile. Sa rareté est aussi un atout.

Un collectionneur a plus de 45 de mes tableaux. Et les murs du restaurant Les pins à Haguenau, chez Éric Fuchs, sont remplis de mes peintures.

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