Tout est déjà contenu dans ce titre à la fois sublime, ironique et presque trompeur tant il résume avec une élégance poétique le tumulte immense qui traverse ce récit où Arundhati Roy revient sur cette mère aussi fascinante qu’épuisante, cette femme dévorante dont la présence a façonné son existence entière tout en laissant derrière elle une traînée de blessures, de colère et d’admiration impossible à démêler. La mère règne ainsi sur le récit comme une figure contradictoire et presque romanesque, capable d’être à la fois visionnaire et destructrice, aimante et étouffante, imposant autour d’elle une atmosphère où la peur et l’admiration cohabitent constamment, tandis que la fille, malgré les blessures accumulées au fil des années, revient toujours vers elle comme on revient malgré soi vers un lieu dont on connaît pourtant la capacité à nous faire souffrir.
Mais ce qui rend ce livre profondément remarquable, c’est justement que l’autrice refuse avec intelligence et élégance de transformer cette histoire en simple règlement de comptes ou en confession thérapeutique, préférant au contraire inscrire cette relation mère-fille dans quelque chose de beaucoup plus vaste où l’intime dialogue sans cesse avec le politique, l’histoire personnelle devenant alors une porte d’entrée vers une Inde traversée par les inégalités sociales, les violences anciennes, les tensions religieuses et les fractures idéologiques qui imprègnent chaque vie jusque dans la sphère familiale. La grande force du texte réside dans cette façon qu’a Arundhati Roy de faire cohabiter une profonde gravité avec un humour insolent et presque lumineux, empêchant sans cesse le récit de basculer dans une amertume totale et donnant naissance à une œuvre ample, vibrante et intensément habitée, où les failles, les colères et les contradictions humaines deviennent une matière littéraire d’une puissance rare. À lire absolument.
Isa sur Insta : lodyssee_des_mots



