L’été, le plus chaud jamais enregistré en France depuis 1900, se poursuit en Alsace, et si l’on en croit Jean-Marc Jancovici, on est en train de vivre l’été le plus froid du reste de nos vies si l’on rate notre décarbonation. On le sait, les pouvoirs publics le savent, les candidats aux élections présidentielles le savent, mais… Il y a toujours un mais… Comme si finalement, ce n’était pas si grave. Comme si finalement tout le monde s’en foutait.
Pourtant, il y a le feu m’a dit ma voisine l’autre jour, la tête dans son portable et les pouces sur l’écran en scrollant à une vitesse folle. Elle était pressée, elle allait au Racing, elle voulait constater elle-même que rien n’a changé à la Meinau depuis que l’excellent magazine So Foot a révélé que les propriétaires du club soutiennent l’extrême droite anglaise à coup de gros chèques, sans doute grâce au bénéfice des ventes de joueurs de Strasbourg, a ajouté ma voisine, mais ça aussi apparemment tout le monde s’en fout. Les valeurs s’effondrent. Mais on s’en balance. Comme de la biodiversité, de la qualité de l’eau, on s’en fout. Le vieillissement de la population et ses conséquences, on s’en fout. La santé mentale des jeunes, on s’en fout, les problèmes dans les hôpitaux, l’accès aux soins, les déserts médicaux et démocratiques, lorsqu’on n’est pas touché de près, on s’en fout, et s’en foutre c’est être indulgent avec le pire.
Au lieu de ça, on pourrait s’intéresser à ceux qui font vraiment quelque chose pour l’avenir de l’humanité. Par exemple, Jean-Marc Jancovici, encore lui, qui a lancé une assemblée citoyenne consacrée au climat et à la transition écologique, « Un commun accord ». L’idée était de réunir 150 citoyens pour remettre le sujet du réchauffement climatique au cœur du débat, un premier week-end de travail vient d’être organisé, les conclusions seront présentées en février. Ma voisine n’a pas été tirée au sort, mais elle reste active, elle milite pour faire prendre conscience du danger, car à force de s’en foutre, la démocratie s’effondre et la terreur revient.
À ce sujet et avant de donner le pouvoir à qui que ce soit lors des Présidentielles, ne ratez pas le documentaire La ligne bleue est sorti au cinéma mercredi dernier. Il raconte qu’avant l’annexion de l’Alsace par les nazis et la construction du camp de concentration de Natzweiler-Struthof en 1941, des hommes et des femmes vivaient du tissage, de la culture de l’orge et du seigle, et qu’aujourd’hui encore, les hommes et la montagne portent les traces de ces blessures, des horreurs commises. Il ne faut pas oublier, dire et montrer aux plus jeunes que rien n’est jamais gagné, qu’en Europe il existe des partis qui souhaitent le pouvoir et qui n’hésiteront pas à utiliser les mêmes méthodes qu’à une époque pas si lointaine et que ce n’est pas un détail de l’histoire. Comme le chantait Louis Chedid « la nazi-nostalgie ressort de sa tanière… comme hier ». Parfois, on réagit, Orbán en Hongrie a été stoppé, mais en Allemagne l’extrême droite et l’AFD progressent. Alors, on fait quoi ? On détourne le regard et on s’expose au pire ?


