« Je me rappelle des jours de neige au centre-ville de Wissembourg, c’était très très beau, mais apparemment, il n’y en a plus trop », commence Sarah dans un large sourire depuis son appartement de Croydon, au sud de Londres. Née en 1988, elle a passé son enfance non loin de la Lauter, avant de déménager près de Düsseldorf où son père avait été embauché dans l’informatique. Entre l’Allemagne et la proche Alsace du Nord, l’aînée de quatre enfants forge ses souvenirs, notamment « chez pépé et mémé à Wingen. J’y revenais lors des vacances et des week-ends de fête ». Avec la mort de son grand-père il y a deux ans, Sarah n’a « plus trop le cœur à y aller », même si Wingen et Petit-Wingen sont l’origine de sa famille maternelle, tandis que son père est libanais. « Maman voulait m’appeler Marie, mais en arabe, c’est Meriem, ou Myriam. Sarah leur a plu à tous les deux, j’ai eu du bol, parce que c’est neutre ! » Voire international, comme un signe…
À New York comme stagiaire
Son bac en poche, la jeune femme s’engage pour un Master de journalisme aux États-Unis, dans le Missouri, Columbia University. « C’était une très belle expérience pendant quatre ans, puis j’ai passé un an à New York comme stagiaire, mais j’ai ramé, ça n’a pas trop marché. J’ai pris mes affaires et je suis rentrée, pour un break de deux mois ». Sarah se projette alors sur Londres, « parce que ce serait la possibilité de retourner en Amérique ». Son premier job chez AOL —déjà dans la branche internet— dont le QG est à New York lui avait assuré un poste à Londres, « comme ça ni maman ni papa n’ont pu dire non , et ils m’ont racheté encore un billet d’avion ! » Elle explique cet attrait pour les pays anglophones par sa culture franco-libanaise, ouverte, son style vestimentaire et l’absence d’accent en anglais : « Paris ne m’a jamais attirée », glisse-t-elle. Elle s’installe en 2013 et ne quitte plus Londres : « Ça me permet de rentrer plus souvent voir ma famille, et j’ai rencontré Dan, et voilà ».

C’est en entrant chez Salesforce en 2019 qu’elle fait la connaissance de son mari. D’origine érythréenne, « Dan, Danny ou Daniel, quand je suis fâchée ! » a grandi en Angleterre. S’il a déjà visité et apprécié l’Alsace, il n’est pour l’instant pas question de quitter Londres. « Nous avons beaucoup de conversations sur ce qu’on appelle le Brexit avec Dan (rires). Je ne sais pas si je me vois à Londres jusqu’à la fin de mes jours, et si ce n’était pas pour mon mari, je serais sans doute rentrée pendant la période covid. Mais il est comptable et ne parle que l’anglais, on n’a jamais vraiment trouvé la solution ». D’autant que le couple a acheté un 4-pièces dans un quartier « vert, moins plat, très bien connecté » qu’elle aime beaucoup. Ils se disent « très à l’aise dans une super communauté avec des Siciliens, Brésiliens, Anglais, Africains de l’est, Australiens, Hollandais, etc., peut-être grâce aux confinements quand on se voyait tous sur le balcon ».
Un rôle consultatif et marketing
Côté professionnel, après des expériences en start-ups et dans « la data et l’advertising » (données et pub sur internet ndlr), Sarah est débauchée par Salesforce. Elle est
« consumption lead » : « C’est intraduisible, sourit-elle. Je suis experte IA et data pour nos clients, des grosses boîtes, des hôtels, des banques, des chaînes de supermarchés, et j’essaye de maximiser leur investissement ». Concrètement, si une entreprise veut créer une solution IA, par exemple pour échanger des vêtements trop petits, la question est « pour quel volume ? » Sarah s’occupe alors de la feuille de route, avec les objectifs, les problèmes, les optimisations, par où commencer, etc. « Je ne suis pas du côté technique, mon rôle est plutôt consultatif, stratégique, et je fais aussi du marketing, je crée des campagnes », complète-t-elle. Bien entendu, grâce à ses langues, elle est « un peu un joker sur le marché Europe, c’est très valorisé contrairement aux US. J’ai beaucoup voyagé, Allemagne, Autriche, Paris, Norvège… mais on est passé de neuf personnes à 28 en un an, donc ça se calme ! » Sur un marché digital en plein essor, elle peut jongler entre télétravail et bureau, en fonction de ses réunions clients.

« J’aime bien aller en ville, je mets une heure environ, assure-t-elle. Londres une ville où il y a tout ce qu’on veut, et même si les Anglais ne sont pas connus pour ce qui est culinaire, la variété des restaurants est incroyable. La semaine dernière j’ai mangé sri lankais pour mon anniversaire ! » Elle relève aussi la diversité ethnique, artistique, culturelle, avec « beaucoup de choses à voir et à faire », sans oublier le marché du travail très dynamique, et les bons salaires. Mais alors, y a-t-il quelque chose qu’elle n’aime pas ? « Oui, c’est l’hiver ! » Pire qu’en Alsace ? « Oui, c’est très gris, la lumière me manque chaque hiver, c’est la dépression saisonnière ! Ça commence en novembre, le pire c’est janvier, le plus énervant c’est quand tu ne sais pas s’il est 9h ou 16h. » Quant à la fameuse pluie en Angleterre, si elle tombe vraiment de temps à autre, Sarah parle plutôt de « pluie sans parapluie 99% du temps. On dit le mist, l’humidité, c’est déprimant ». Et pourtant, « dès qu’il fait beau à Londres, tout le monde est heureux, j’adore ! »


