Roland Engel – Chansons pour la sainte scène

Il dit qu’il s’est amusé à détailler sa vie et son œuvre sur son site internet, mais rien ne vaut une rencontre avec Roland Engel, chansonnier et conteur, dans sa maison à Hœrdt. Né à Bischheim en 1948, il a grandi à Hœnheim et fait ses classes chez les scouts. C’est là qu’il a commencé à chanter, avant d’écrire ses chansons à texte en alsacien à côté de son métier de conseiller retraite. Avec plus de 200 chansons à son actif, il a donné des centaines de concerts, en Alsace, en Allemagne, partout en France et n’a raté aucune édition du festival Summerlied. En période de Noël et de Carême, ses spectacles restent incontournables dans les églises.

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Roland Engel chez lui, devant un mur de souvenirs, dont le Bretzel d’or en 1980. / ©SB
Comment la musique est-elle entrée dans votre vie ?

Mon père était un bon saxophoniste et voulait absolument que ses enfants fassent de la musique d’harmonie. Mon frère détestait et ne pensait qu’au football. Ma mère m’a donc rabattu sur l’accordéon, ce n’était pas mon choix, mais cela m’a permis de faire un peu de bal. J’avais envie de chanter plutôt, et au service militaire, un copain m’a appris des accords de guitare, pour faire quelques chansons.

Vous avez donc goûté au plaisir de la scène très tôt ?

Accessoirement j’ai joué au théâtre, à l’époque toutes les paroisses avaient une troupe, puis au Théâtre alsacien de Strasbourg, et ensuite je me suis consacré exclusivement à la chanson. Je n’ai pas renoncé complètement au théâtre puisqu’actuellement dans mes spectacles, je conte et joue aussi.

Mais vos premiers pas en chanson, c’était quand ?

Je chantais déjà en alsacien pour des fêtes paroissiales, ou de la chanson traditionnelle, ou Hugues Aufray… J’aimais beaucoup les Frères Jacques et les Quatre barbus, et avec un groupe de copains du lycée, on a monté le groupe Les mal rasés. C’était du chant mimé inspiré des Frères Jacques, mais quand je suis allé les voir, c’était d’un tout autre niveau ! C’était pas mal ce qu’on faisait, mais eux étaient de grands sportifs, ils faisaient des portés, c’était impressionnant !

Lors d’un concert de Noël à Hœnheim en 2016. / ©Dr
Votre premier vinyle, Schatteliecht, sort en 1976…

C’est une année charnière. Pour moi, faire un disque, c’était beaucoup de complicités : d’abord, un copain de la paroisse qui était technicien m’a proposé d’enregistrer. J’ai aussi été invité à la fac de lettres pour chanter dans des soirées, si là on ne m’avait pas poussé à chanter les trois chansons que j’avais écrites, peut-être je n’aurais pas continué…

À cette époque, vous décidez de ne pas dépendre de la Sacem pour les droits d’auteur, pourquoi ?

Tout ce que j’ai fait au départ se passait dans le cadre du scoutisme à Bischheim. Cela nous permettait d’acheter du matériel, et après il fallait déclarer le bénéfice à la Sacem et reverser une partie sous prétexte d’utiliser 2 min de Pierre Henry ? Il y a eu une levée de boucliers dans toute l’Alsace. Donc on a écrit nos propres chansons, et nos pièces de théâtre ! Je me suis mis en tête que jamais je n’entrerais à la Sacem, mes chansons sont libres de droits.

Passons aux années 80-90, qu’en retenez-vous ?

J’ai commencé à jouer avec d’autres musiciens, à cette époque-là (il regarde les affiches au mur, NDLR), j’ai rencontré Jean-Pierre Albrecht au festival Schilike sengt immer noch. Il m’a accompagné au synthé pendant très longtemps. En 1988, j’ai participé pour la première fois à un concert avec René Égles, et j’ai rencontré un chanteur badois, Martin Schütt, et le musicien Pierre Zeidler aussi, avec eux j’ai fait pendant plus de douze ans des concerts de part et d’autre du Rhin… Ce sont de bons souvenirs, il y a eu des aventures assez dingues ! En 1999 pendant la grosse tempête, le grand sapin face à l’église de pèlerinage à Ottersweier est tombé le lendemain de notre concert, dans l’entrée juste vidée des 200 spectateurs…

Les mal rasés, dans les années 70, où Roland et ses compères
s’inspiraient des Frères Jacques. / ©Dr
Vous démarrez aussi les Artistes au presbytère, il y a tout juste 40 ans à Hœrdt, de quoi s’agit-il ?

Le pasteur Christian Kempf m’avait invité à dîner au presbytère et à en visiter la cave. Il y avait là un beau pilier en grès, la cave était voûtée, je lui dis « C’est bien pour stocker du vin ! », mais lui ne pensait pas à ça. À l’époque, il n’y avait pas tant de scènes que ça pour les artistes alsaciens, on l’a débarrassée, mis du gravier, et de vieilles portes posées sur des poutres comme scène, ça a fonctionné pendant un temps (rires). Puis le pasteur a changé, on est remonté à la salle paroissiale pour des raisons de sécurité. Depuis 1983, tous les mois j’organise un spectacle à l’Espace Heyler, à retrouver sur www.artistesaupresbytere.fr

Mais quel est votre rapport à la religion ?

Les églises offrent des scènes, et moi je suis issu de ce milieu-là. Le message dans mes chansons n’est pas religieux, mais cela fait partie de mon ADN. Je fais de la chanson profane, et le but est de créer de la convivialité, et permettre à des gens de découvrir d’autres horizons, comme la religion en ouvrant ses fenêtres.

En 1975, à la salle des fêtes de
Schiltigheim. / ©dr
Vous avez créé un autre rendez-vous musical prisé à Hœrdt, Music’in music’août, qui fêtera ses 20 ans en 2024 !

Le pasteur de l’époque, Gilbert Greiner, s’était invité avec moi au festival folk de Saint-Chartier, et ça l’avait tellement emballé qu’il a voulu faire le même à Hœrdt ! Avec mon copain folkeux Sylvain Piron, on s’intéressait à la musique traditionnelle. Donc on a fait un mix de tout ça, avec Guillermo Jerez (avec qui j’ai tourné au Chili), un bal folk, et un texte biblique commenté. C’était l’idée de départ, puis on a voulu s’impliquer avec un concert de clôture, et des reprises à l’orgue, ça a évolué comme ça.

Vous chantez dans les églises de France, à Noël et pendant le Carême, mais au quotidien, comment se déroulent vos journées ?

Je compose tout le temps, j’ai composé pour dans deux ans déjà, je ne peux pas écrire sous pression. C’est beaucoup de travail devant mon ordinateur, en solitaire, et quand j’ai le temps je vais me balader. J’ai voyagé sur tous les continents sauf l’Australie, puis en voiture et j’ai fait un AVC sur le retour de Roumanie. Je m’en suis sorti, et depuis je voyage moins loin, en Forêt-Noire et en France…, Je prends des photos, et ça m’amuse de les publier sur Facebook, je suis toujours dans l’étonnement et l’admiration.


 

E Vehmässigi Wihnachte dans les églises

Roland Engel joue actuellement son spectacle de Noël avec Isabelle Loeffler, Vincent Bor et Jean-Luc Lamps. « Je fais raconter l’histoire de Noël à des animaux, le mouton, l’âne et une vache, et aussi l’araignée, le corbeau, le chameau qui sont moins typiques. Je suis aussi devenu sensible à la cause animale, il faut respecter le vivant. » Le 16 décembre à 19h à Oberhoffen, le 17 à 10h à Hœnheim et à 17h à Eckbolsheim, le 23 à 18h à Hochstadt (Allemagne), le 26 à 10h à Gerstheim et à 17h à Woerth, le 31 à 10h30 à Bouxwiller, le 7 janvier à 10h à Dalhunden. Entrée libre.

Souvenir d’une carrière bien
remplie ! / ©sb