Véronique Brumm – Gardienne de la maison de verre

Née à Wingen-sur-Moder, Véronique Brumm était prédestinée à travailler dans le domaine de l’art verrier. Attirée par l’histoire et la muséographie, elle a mis toutes les chances de son côté en suivant de longues études. Il y a vingt ans, l’opportunité d’organiser la création d’un musée consacré à Lalique, une société verrière de renom installée depuis 1921 dans son village d’origine, s’est présentée. Elle est devenue sa directrice.

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Véronique Brumm, directrice du Musée Lalique. / ©Dr
Vous avez grandi à Wingen-sur-Moder. À quand remonte votre rencontre avec l’art verrier ?

J’ai été touchée par l’art verrier très tôt dans ma vie, tout comme les autres habitants des environs. J’ai même été emportée par ce savoir-faire, des personnes dans ma famille travaillent chez Lalique. De plus, mon père était conservateur de musée, et notamment celui de Meisenthal. Je ne pouvais échapper à l’art verrier. J’ai baigné dedans bien assez tôt.

Vous avez fait le choix de vous lancer dans des études d’histoire à l’Université de Strasbourg. Pourquoi cette décision ? Quelles ont été vos premières expériences ?

Avant de me lancer dans les études, je nourrissais déjà l’envie de travailler dans un musée. Mon objectif a toujours été de contribuer à la conception d’expositions. Lors de mes jobs d’été pendant mes études, je m’occupais des visites guidées dans des châteaux, comme à la Petite Pierre et au Lichtenberg. Ça m’a permis d’être sensibilisée à la médiation, en partageant des histoires aux visiteurs. J’ai aussi dû apprendre à prendre la parole devant un auditoire, c’était une chouette expérience. Ce n’était pas des musées, mais des monuments historiques, mais je n’en retiens que du bon.

Le musée et son jardin. / ©D.Desaleux/Musée Lalique
Même si vos études vous ont permis de voyager dans toute la France, vous êtes revenue dans votre région. En 2004, vous avez été missionnée pour un projet particulier…

Oui. La Communauté de communes de Hanau-La Petite Pierre, soutenue par le département, portait le projet de musée Lalique. C’est à cette date que j’ai été embauchée pour réaliser une exposition de préfiguration du musée, ce qui m’a ensuite permis de devenir chef de projet pour la création du lieu. Nous avons d’abord constitué une collection. Ensuite, nous avons collaboré avec des scénographes pour construire le parcours, en nous demandant quelle histoire raconter, avec quelles œuvres, etc. Pour finir, il fallait aussi se concentrer sur le volet financier. C’était un travail long et riche, aussi bien en échanges qu’en rencontres pendant sept ans, jusqu’à l’ouverture en 2011.

Avant de parler de son contenu, parlons d’abord de l’emplacement du musée, qui a toute son importance. Il est installé dans une ancienne verrerie, n’est-ce pas ?

Oui, dans l’ancienne verrerie du Hochberg, en activité aux XVIIIe et XIXe siècles, où du verre utilitaire était fabriqué. De plus, ce site me parlait tout particulièrement. Durant mes études, j’ai dû travailler sur l’histoire verrière des Vosges du Nord, avec une approche sociale et technique, mais beaucoup moins artistique. C’est là que j’ai pu étudier le site du Hochberg. Dès 2004, après avoir choisi le lieu, un concours d’architecture a été organisé. Trois projets ont été proposés. C’est l’agence de Jean-Michel Wilmotte qui a remporté le projet, notamment pour la bonne implantation paysagère de son projet : toiture végétalisée, utilisation de pierres vertes pour le parement du bâtiment, etc.

L’intérieur de l’usine Lalique dans les années 1920. / ©Dr
Vous disiez vouloir organiser des expositions avant même de vous lancer dans vos études. Vous avez créé celle du musée Lalique. Quelle est sa particularité ?

Le musée est organisé chronologiquement et thématiquement. Nous racontons l’histoire de René Lalique et de ses successeurs. La chronologie de Lalique permet aussi cette approche thématique, en passant des flacons de parfum aux arts de la table, mais aussi par les objets décoratifs, l’architecture ou encore la décoration d’intérieur. C’est une collection vaste de plus de 650 œuvres. Nous disposons d’une surface d’exposition permanente de 900m² et d’une surface d’exposition temporaire de 200 m².

En parlant d’expositions temporaires, quel est le calendrier de l’année ?

Nous en organisons quatre différentes chaque année. Tout a commencé avec l’événement Un amour de Lalique, autour de la Saint-Valentin. Pour ce temps fort, nous privilégions l’exposition d’objets représentant les différents symboles de l’amour. Nous proposerons aussi une exposition photo de clichés réalisés par une architecte locale, qui est Meilleure Ouvrier de France (MOF). À partir du 1er mai, il y aura une exposition patrimoniale centrée sur le bijou. Enfin, à l’approche de Noël, nous organiserons Happy Cristal, un événement récurrent depuis plusieurs années. En parallèle, les mercredis et les samedis, nous dispensons aussi des ateliers variés pour les enfants.

Dans l’exposition, des tables sont tactiles. / ©Dr
En 2023, le parcours de visite du musée a connu un rafraîchissement. Quels sont les changements ?

Pour commencer, nous avons complètement renouvelé nos outils multimédias, jugés trop élitistes, qui ne s’adressaient pas forcément au grand public, mais plutôt à des historiens, par exemple. Nous avons voulu rendre les choses plus accessibles et plus ludiques, avec un fonds documentaire scientifique vérifié et étayé. Dans ce contexte-là, nous avons intégré plusieurs petits jeux interactifs, notamment pour les bijoux, pour savoir comment ils étaient portés, par exemple. Dans la galerie d’entrée, nous avons installé une lecture du paysage, indiquant les matières premières nécessaires à la fabrication du lieu, et permettant de comprendre pourquoi les verriers sont venus s’installer dans la région. En fin de parcours, nous avons donné un coup de jeune au film diffusé et nous avons ajouté un accrochage photo, montrant une soixantaine de clichés des différents ateliers de Lalique. Tous ces éléments ont été ajoutés en amont de la réouverture du musée l’année dernière.