Il est beau le résultat

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En ce lundi de Pâques mon frère, la cigogne a tout mangé le chocolat, m’a dit ma voisine. Elle a aussi fumé les Craven A, ma voisine pas la cigogne. Elle ne fait rien que des bêtises, la cigogne, pas ma voisine. J’ai reconnu la chanson, mais, avant que je commence à fredonner « fallait pas m’laisser tu vois… », ma voisine a ajouté : la cigogne est une salope. D’ordinaire, cette femme si élégante, si brillante, si classe, n’est jamais vulgaire, mais là, alors que je m’apprêtais à l’inviter à terminer mon lapin aux œufs d’or, elle a dit : oui, je suis triviale, affreusement, les mots qui sortent de ma bouche sont remplis de vulgarité, je sais… Je dis cela pour que tu l’écrives dans ton journal, parce que putain, je n’en peux plus de la façon dont s’expriment les gens sur les réseaux sociaux, leurs commentaires de l’actualité brûlante sont presque toujours orduriers, et tout le monde s’en fout on dirait merde à la fin. Après la lobotomie des cerveaux, voici l’anéantissement de notre langue, la hanounanisation du langage. On ne peut plus échanger sans utiliser ce que nos parents appelaient, et c’était tellement mignon, des gros mots. C’est devenu la norme. Plus on est vulgaire, plus on prend de la place. Alors je vais crier que la cigogne est une salope sur tous les toits, ou que l’asperge est une pute tiens, ça tombe bien c’est la saison, pas des putes, des asperges qui sont dans les starting-black blocs. Ce manque d’élégance permanent me rend marteau, je « fulmigène » (un type qui part en couille dans une manif), j’ai envie de défoncer la gueule de mon voisin, a conclu ma voisine en me regardant comme si je n’étais pas son voisin justement… Ce qui m’a rassuré, car j’y ai vu là une forme d’intimité nouvelle et… éphémère. En une seconde, elle est partie en balançant que mon lapin en chocolat, je pouvais me le mettre au cul. Je l’ai fini seul, mon lapin, pas ma voisine, en me demandant s’il y avait deux ailes à salope ou à pute. Non, un seul en fait, mais il y en a bien deux à cigogne, ce qui n’a rien à voir avec la choucroute, qui elle aussi est une…