mercredi 22 mai 2024

Le quart d’heure de Line – Le rire et les pleurs dans le même sac

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Le quart d’heure de Line – Le rire et les pleurs dans le même sac

Chez moi derrière la lune, hender’m Mond d’Heim, on entend souvent dire que nous, les Alsaciens, sommes de vrais Hans em Schnockèloch (inutile de traduire…), d’éternels insatisfaits… mais aussi de joyeux Luftibüss (lurons) ! Il paraît qu’on n’apprécie pas toujours ce qu’on a, tout en rêvant de ce qu’on n’a pas, mais qu’on sait en rire. C’est vrai que notre insatisfaction se manifeste un peu pour tout, et tout le temps. Fer’s Watter (pour la météo), fer’s Meddàà Assè (pour le menu de midi), fer d’Aarwet (pour le travail)… et même en amour ! Mer weiss, mer kànn fàcht emmer àlles verbesserè (on sait qu’on peut quasi toujours tout améliorer).

On ne se contente pas du vieil adage qui dit que «wie mer’s màcht, esch’s latz» (peu importe comment on fait, ce n’est pas bien), non-non, on veut mieux faire ! Notre relative insatisfaction cache sans nul doute un perfectionnisme bien alsacien. Cette ambiguïté, héritée de nos tourments historiques, nous profère une b’sonderi Empfendlichkeit (sensibilité particulière) mêlée d’un humour bien à nous : mer hann s’Làchè un s’Hièlè en einem Sackel (nous avons le rire et les pleurs dans le même sac). Tout ceci se confirme dans nos villages, lors de rocambolesques représentations de Elsasser Theater ! L’aptitude au mélodrame comme le sens de la caricature et de l’autodérision s’y transmettent de génération en génération tout comme la volonté obstinée de cultiver notre particularité linguistique. Mer sen b’sassè (nous sommes tenaces) fer redè wie uns d’r Schnàwel g’wàchsè esch (pour parler «comme le bec nous a poussé»). Et on a beau passer pour des Brummelhàfè (des grognons), on aime rire, sich heenlàchè sogàr (même mourir de rire) ùn vor àllem ewer sich salver làchè (et avant tout rire de soi-même). Uff dè kleinè Elsasser Bühne (sur les petites scènes alsaciennes), les expressions dialectales de nos anciens trouvent une nouvelle jeunesse dans la bouche de jeunes acteurs, tout heureux de prononcer les gentils Schimpfwerter (gros mots) qu’on leur interdit à la maison !

Pour le bonheur des spectateurs, wie sich krumm làche (qui se tordent de rire) un sich Tranè làche (et rient aux larmes). Alors oui, jedes Deng het sini zwei Sitè (chaque chose a ses deux côtés), et c’est ça notre attendrissante contradiction alsacienne, et aussi unser Stoltz (notre fierté). Ja, so sen m’r halt ! (eh oui c’est ainsi que nous sommes !)

Line

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