André Weckmann tient une place importante par le volume gigantesque de ses poèmes, sans doute l’une des œuvres majeures de la littérature alsacienne depuis le Moyen Âge, avec une vingtaine d’ouvrages en alsacien et deux en langue allemande. Il n’a écrit en français que Les Nuits de Fastov, probablement à cause de cette guerre subie en langue allemande. André grandit dans le restaurant familial à Steinbourg. Il fera preuve d’un profond attachement à la ruralité, au labeur des champs et à la sociologie des campagnes. Durant la guerre, il est enrôlé de force dans la Wehrmacht, est blessé en Russie en automne 1943, mais réussit à déserter durant sa convalescence. À son retour, après des études à l’université, il devient professeur d’allemand tout en collaborant avec les médias régionaux qui lui permettent d’exposer ses idées. Dans les années 70, il s’engage dans la protection de l’environnement, première révolte écologique contre un projet d’usine à plomb à Marckolsheim, puis contre le nucléaire à Wyhl provoquant l’occupation du terrain par une « internationale » alsaco-bado-suisse, avant le siège des manifestants à Fessenheim.
En tant que fondateur d’un Front Culturel Alsacien, il défend la sauvegarde de la culture et de la langue régionale. Il participe à l’Internationale alémanique qui regroupe les poètes dialectaux de part et d’autre du Rhin, porteurs d’une prise de conscience apparue lors des luttes écologiques. En 1979, il dénonce publiquement le recul de l’enseignement de l‘allemand dans les collèges et lance un appel des poètes, écrivains, chanteurs et militants culturels en faveur d’un statut officiel de la langue régionale. André Weckmann aimait dire qu’il est là où on ne l’attend pas, un poète engagé ou enragé. Raymond Matzen et Germain Muller lui remettent le Bretzel d’or le 30 juin 1978 en le qualifiant de plus percutant des penseurs alsaciens. Ses œuvres complètes sont éditées par la maison d’édition La Salde. Une chanson d’amour dédiée à la langue alsacienne est chantée par Matskat. André Weckmann a une place de choix dans notre Panthéon des poètes disparus.


