Une demande folle de Léa Chauvel-Lévy

Dans son deuxième roman, Léa Chauvel-Levy nous plonge au cœur de cette demande folle d’un père faite à sa fille. Un roman tout en puissance et en tension. Editions JC Lattès.

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©Isabelle Arnould

Il a suffi d’un simple canapé qui ne passe pas la porte pour que la terre se mette à trembler. Un canapé bleu comme un ciel d’orage, trop lourd à porter et qui dans sa chute a fait basculer l’ordre des choses, donnant à entendre dans un fracas assourdissant la violence des mots « je ne suis pas sûr d’être ton père». Une fois, deux fois, cette même phrase énoncée ensevelit les pensées et anesthésie le corps. Une phrase comme un chant fatal venant résonner jusque dans les plus intimes interstices de l’être meurtri. Au tapis la fille, aimant son père à la folie jusqu’à accepter cette demande folle, ce test de paternité, comme preuve de loyauté. Se sacrifier dans cette demande et s’oublier quitte à perdre les pédales, ne plus savoir à quel saint se vouer et ne plus avoir le choix que celui de plonger au plus profond de soi pour tenter de se relever une bonne fois pour toutes et trouver des réponses à ce canapé bleu, à ce test de paternité afin de faire taire la folie qui guette.

Partir enquêter sur les liens familiaux et chercher dans les silences trop nombreux, ceux de la colère, de la tristesse, du doute, de quoi donner un sens à l’histoire afin de pouvoir aller à la rencontre de soi. Interroger aussi la filiation au travers de multiples branches : sociologique, juridique ou encore théologique et grâce à ces alliés précieux pouvoir apporter une réponse nette et précise face à cette demande folle et dans cet acte de puissance, à nouveau respirer et retrouver sa dignité de fille, de femme et de mère.

« Le père est celui qui dit à son enfant de ne pas avoir peur d’aller au bout du chemin et de franchir la barrière pour voir ce qu’il y a de l’autre côté. » L’autrice en prenant la plume s’est autorisée à aller voir ce qui se tramait du côté des vivants dans une écriture qui nous happe, sensible et vertigineuse. De cette demande folle, elle a fait des mots sa parade, pour se libérer des chaînes trop lourdes à porter et s’exprimer enfin. Peut-être est-ce cela le but ultime de toute entreprise littéraire, de faire triompher la vie sur la folie, dans une urgence absolue et une maîtrise qui enfin nous appartient.

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