mercredi 11 mars 2026
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Jérôme Rosenstiehl – L’hymne à la flamme

Son odyssée à la SIG commence en 2001. Il y occupera plusieurs fonctions, presque toutes, pendant vingt ans : commercial, directeur sportif, directeur des opérations, directeur administratif et financier ou directeur exécutif. Dans ses rêves, il y a toujours un ballon qui rebondit, un joueur qui s’échauffe, un tableau d’affichage lumineux avec trois points de plus et un public bouillant. La nuit, il doit même être danseur sur le parquet du Rhénus pendant les temps morts. L’Alsacien a quitté le club en 2021 pour le poste de manager des Opérations Basket dans le cadre des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, une opportunité et une réussite incroyables, mais il n’a pas tardé à revenir. Depuis le 1er juillet 2025, l’enfant du club est président du Directoire de la SIG Strasbourg SASP. Portrait de l’homme fort du basket alsacien.

Cela ne se remarque pas à l’aube de ses 50 ans autour d’un expresso, mais Jérôme Rosenstiehl, Strasbourgeois discret qui s’exprime rarement dans les médias, était un enfant turbulent. Il avait tellement d’énergie que, dès ses 4 ans, ses parents l’ont confié régulièrement à son oncle, un joueur de basket qui encadrait des jeunes de l’AUS, le club de basket de Schiltigheim. Le petit gars observait les grands, tirait ses premiers lancers sans savoir que le basket serait l’amour de sa vie professionnelle, un hymne à la détermination.

À l’école, il était plutôt bon élève, mais il ne souhaitait pas suivre les traces de son frère champion des Hautes études. Ce qui l’intéressait, c’était la camaraderie et les parquets. Avec son équipe du collège, il jouera les championnats de France, le bonheur, car Jérôme est un passionné de sport, de ski, de tennis où il joue toujours à un très bon niveau. Il a passé son bac, pour rassurer sa famille, puis il a fait médecine. Mais, malheureux comme un ballon orange dégonflé, il a raté sa première année. Un échec assumé. Il a rebondi en STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives), mais il ne se voyait pas prof de sport. Il se souviendra qu’en 1992, Michael Jordan et la Dream Team américaine de basket ont débarqué à Barcelone, que les JO l’ont émerveillé, qu’il a eu envie de découvrir l’univers du basket.

Ses proches l’ont regardé de travers lorsqu’il s’est lancé dans un Master droit et économie du sport. Son stage de fin d’études l’a mené dans le bureau d’un certain Albert Gemmrich, en poste à la région Alsace, l’ancien footballeur du Racing, en charge de la reconversion des sportifs de haut niveau savait que la mairie de Strasbourg avait la volonté de construire un bon club de basket. Par le plus grand des « hasards », le CV de son stagiaire a atterri sur le bureau des dirigeants de la SIG, et Jérôme a été engagé en 2001. Il a fait la connaissance de Patrice Harquel et de Philippe Dulieu avec qui il était chargé de développer le secteur commercial du club, en gros de trouver de l’argent. Mais le président Christ a cru en lui, rapidement il a été nommé directeur sportif. Rosenstiehl a recruté l’entraîneur Éric Girard et l’année suivante, la SIG, qui n’était pas favorite une seconde, a été sacrée championne de France pour la première fois.

À Bercy face à Nancy, le match a été serré jusqu’au bout, les rouges et blancs l’ont emporté sur un dernier panier de Ricardo, l’un des frères Greer qui avec Crawford Palmer, John McCord, Afik Nissim ou Aymeric Jeanneau ont écrit l’une des plus belles pages du sport alsacien. Ceux qui ont eu le plaisir de partager l’après-match, à L’Européen devant la gare de Lyon, s’en souviennent encore. Strasbourg s’est fait un nom dans le basket français. Le club gagnera deux Coupes de France et atteindra une finale européenne. Jérome Rosenstiehl a pris la direction du club au moment de la présidence de Martial Bellon. Le club entraîné alors par Vincent Collet s’est incliné cinq fois en finale du championnat : « Je pense qu’on était trop bons élèves, trop alsaciens, trop disciplinés. Cette période a laissé des traces, mais nous avons connu beaucoup de réussites, » analyse celui qui est fier d’avoir disputé une coupe d’Europe pratiquement tous les ans.

L’expérience d’une vie

Alors forcément, avec ce niveau de performances, il est respecté par les instances françaises et la Fédération internationale. Un jour, il reçoit un appel de la direction des Jeux Olympiques 2024, la proposition ne se refuse pas. En 2021, il devient manager des Opérations Basket, Monsieur basket des JO de Paris : « C’était dur de quitter le club. Mais c’était le bon moment pour moi ». L’histoire est parfaite, 32 ans après les JO de Barcelone qui lui ont donné envie de faire du basket sa vie, les anneaux olympiques vont battre dans tout son corps pendant plus de trois ans. Sa mission : être le garant du bon déroulé de la compétition de basket-ball : « C’était pas simple, c’était un véritable rouleau compresseur. Je rends hommage à Tony Estanguet qui a embarqué tout le monde, il a été incroyable dans la détermination, dans l’engagement, dans la vision.

Je pense qu’on était trop bons élèves, trop alsaciens, trop disciplinés. Cette période a laissé des traces, mais nous avons connu beaucoup de réussites

Ce que j’ai appris à Paris 2024, c’est la résilience et la diplomatie. La ferveur a été incroyable, avec une intensité que, dans ma vie professionnelle, je n’arriverai probablement plus à atteindre, et pour finir quatre mois d’adrénaline incroyable, même quand je dormais, je ne dormais pas vraiment. » Ceux qui ont suivi les JO ont forcément la gorge serrée en lisant les mots de l’Alsacien lorsqu’il raconte cette grande aventure humaine. L’homme est sorti différent, il dit : « Cela m’a construit. C’est l’expérience d’une vie. En fait, il faut être déterminé. De la même façon, je suis déterminé pour remettre la SIG au plus haut niveau. » Alors la détermination s’apprend avec le temps ? La réponse du président de la SIG est claire : « Cela se communique. Le vrai leader transmet cela à ses équipes, comme Tony Estanguet ». De cet évènement olympique, Jérôme gardera l’image du moment où les Jeux sont devenus magiques : « Le déclic, c’est Céline Dion sur la Tour Eiffel ». L’hymne à l’amour, l’hymne au sport, l’hymne à Paris, à la vie.

Le basket réunit ceux qui s’aiment

Pendant la période pré-JO, le chanteur Matt Pokora a investi dans le club strasbourgeois. Début 2025, la direction en place décide de partir. Un nouveau coup de téléphone, cette fois de Christophe Schalk, le président du Conseil de surveillance de la SIG, va changer sa vie. Mais sous la forme d’un retour à la maison. Par le plus grand des bonheurs, Monsieur basket a la possibilité de revenir au Rhénus Sport. Moins d’un an après les Jeux, il est prêt à porter le costume de président : « Même si j’ai fait une parenthèse de quatre ans, j’avais une vraie envie », avoue-t-il.

Il forme avec Clément Hagenbach, Jean-Louis Koessler, Bernard Braun et Matt Pokora, le directoire du club, avec l’ambition de reconstituer les fonds propres, de construire une nouvelle salle ou de rénover le Rhénus en ajoutant au moins 2 000 places et des espaces hospitalité adaptés aux temps modernes du basket, de relancer le sportif avec le coach Janis Gailitis, de retrouver l’Europe et d’accélérer la formation. Comme l’histoire est belle, cette nouvelle étape coïncide avec le retour des Sigmen en haut du classement. L’équipe est jeune, son caractère bien trempé, très alsacien, comme ceux de la grande centaine d’entreprises à laquelle le club appartient.

Les mordus qui veulent faire de la SIG un très grand club ont des rotations à régler, des shoots à rentrer, mais la flamme est revenue, comme un fragment olympique, un éclat lumineux, comme la voix d’une dream team qui chanterait comme Céline ce soir de l’été 2024, Peu m’importe les problèmes, mon amour, puisque tu m’aimes.

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