mardi 25 juin 2024
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Alsace – Dans le bâtiment, « 2024 sera l’année du chaos »

Taux d’intérêts en hausse, coût des matériaux et de l’énergie qui grimpe, normes environnementales plus exigeantes, permis de construire moins nombreux : la crise du bâtiment touche aussi l’Alsace, ses maçons, charpentiers, peintres ou électriciens. Les premières conséquences sur les commandes se font ressentir aujourd’hui, et bien plus encore en 2024 sur les entreprises, l’emploi et la formation. Le point avec trois acteurs du secteur.

Cédric Simonin, directeur général du groupe Vivialys :
« Le logement, la prochaine crise sociale »

La crise a démarré il y a 18 mois, mais les pouvoirs publics ne nous ont pas entendus.

Dans le bâtiment, la difficulté c’est le temps long : quand la machine se grippe au niveau commercial, le tissu artisanal fonctionne encore très bien parce que lui construit ce qui a été acheté deux ans avant. En novembre 2021, nous avions fait un crash test avec une centaine de nos clients (Vivialys comprend Maisons Stéphane Berger, Trianon Résidences et Carré de l’Habitat): on a changé le taux d’intérêt, de 1% à 2 et à 3. Tous les 1% supplémentaires, on perdait 25% de clients. Aujourd’hui, les taux sont à 4,20%, donc 75% ont des difficultés à acheter ou ne le font pas ! C’est la crise de la demande qui s’ajoute à la crise de l’offre. En conséquence, le marché est en recul dans le neuf de 50%, c’est un peu plus fort dans l’individuel (-60%) mais les grands pôles d’attractivité sont tous touchés, l’Eurométropole, Sélestat ou Haguenau.

Toute la sous-traitance va commencer à souffrir : en 2024 ce sera le chaos, et on commencera à s’en sortir en 2025. Selon moi, le logement c’est la prochaine crise sociale, parce qu’on oublie que neuf et ancien sont intimement liés, mais achat et location aussi. Et ce sont toujours les plus fragiles qui trinquent, jeunes travailleurs, étudiants et familles monoparentales.

Jean-Luc Hoffmann, président de la Chambre des métiers d’Alsace :
« Un plan Marshall »

Le secteur du bâtiment représente le plus grand contingent des 50 000 entreprises inscrites à la Chambre des métiers, soit 35%. En France, on sait qu’on a besoin de 400 000 logements par an ; or à Haguenau, seulement 13 logements neufs ont vu le jour en 2023, contre 95 en 2022 !

Aujourd’hui les entreprises ne peuvent pas investir dans des véhicules neufs, ou alors n’embauchent plus. Nous avions décidé d’injecter 37 M€ sur cinq ans pour réintégrer les métiers du bâtiment dans la formation, mais est-ce que les entreprises vont embaucher des apprentis ? Si on ne les forme pas maintenant, on ne les aura pas dans cinq ans quand la reprise se dessinera !

Au niveau de la CMA, on continue à travailler sur le lobbying, nous sommes l’interface entre les artisans et le gouvernement. J’ai écrit à Bruno Lemaire en ce sens pour qu’un plan Marshall soit mis en place, pour répondre aux besoins démographiques, remettre les prêts à taux zéro pour la rénovation, et que les banques assouplissent leurs règles. On a été le dernier kilomètre en aval pendant la crise, on sera le premier kilomètre en amont pour faire remonter les problèmes.

Jean-Luc Wiedemann, couverture-zinguerie-bardage à Gries depuis 1969

Début 2023, comme les autres années, les carnets de commandes étaient d’un an, là ils sont passés à six mois, début 2024 on sera à quatre mois. Concrètement, on a beaucoup moins de chiffrages à faire, donc les répercussions ne vont pas tarder. On va essayer de trouver du travail pour occuper nos 45 salariés, peut-être avec la rénovation. Les chiffres ne sont pas en progression non plus, car les gens ne s’engagent pas dans des prêts de rénovation, mais c’est ma petite espérance pour garder les salariés.

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