Anne Guillier – La chef de chœur communal

À Niederbronn, dans une ville qui bouge comme elle aime le dire, la maire Anne Guillier n’est pas en reste: ses engagements professionnels, communaux et musicaux lui assurent un planning chargé, mais aussi de défendre les valeurs auxquelles elle tient. Construire ensemble, comme un chef au cœur de son territoire, est pour elle primordial. Malgré quelques freins récents à son enthousiasme, elle garde son sourire et son énergie communicative lorsqu’elle reçoit Maxi Flash dans son bureau avec vue sur l’Alsace verte.

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Anne Guillier. / ©sb
Vous avez grandi à Niederbronn, à quoi ressemblait votre enfance ?

Mes parents étaient enseignants au collège Charles Munch, j’ai donc bien travaillé à l’école (sourire), je suis musicienne, j’avais mes copains pour les promenades, je n’étais pas fêtarde… Je démarre l’orgue à 6 ans, j’étais un peu petite pour toucher le pédalier, mais c’est venu très vite, j’ai persévéré. J’ai fait un DUT chimie combiné à un DU pollution et nuisances. Avec un papa professeur de sciences physiques, peut-être cela a influé, et une maman prof d’allemand et de français, aujourd’hui j’utilise les langues au quotidien… Mes choix étaient concrets et je n’ai pas de regret, les expériences et le virage à 180° font la personne que je suis.

Effectivement, vous travaillez huit ans dans la chimie avant de prendre un poste de coordinatrice dans l’association ICE. C’est votre travail encore aujourd’hui, à mi-temps.

Oui, ICE-Réseau francophone accompagne des jeunes qui font un service volontaire européen, j’y suis entrée comme coordinatrice en 2003, avant d’en devenir la directrice. Le siège est à Niederbronn, juste de l’autre côté du ruisseau (elle montre par la fenêtre). C’est un travail qui me tient à cœur, cela m’apporte équilibre et ouverture d’esprit, avec les valeurs que je défends, l’acceptation de la différence, l’ouverture à l’autre pour construire ensemble. Chaque année, c’est une espèce de multi-culti, avec des jeunes d’Espagne, d’Italie, de France, du Danemark, je vis avec eux trois semaines en août au centre Albert Schweitzer, et ce mois d’avril, nous nous retrouvons dans le Vercors sur les lieux de mémoire de la Résistance. Certains reviennent 10-15 ans après, c’est un grand bonheur de les revoir aux sources de cette expérience…

Vous aussi avez fait un retour aux sources sans que votre parcours n’explique votre arrivée à la vie politique locale…

C’est par hasard, je n’ai pas fait exprès ! (rires) Ce n’est pas par ambition, j’ai été sollicitée aux élections de 2008 par le maire Frédéric Reiss qui voyait que j’étais engagée dans la vie de la commune. Il m’a proposé un poste d’adjointe, j’ai toussé un peu, d’entrer dans ce milieu à 34 ans alors que je n’étais pas très intéressée par les questions politiques ou nationales… Mais le fait de pouvoir agir au niveau du lieu de vie me plaisait bien. Il a fait le choix de rester député en 2014, j’en suis donc à mon deuxième mandat.

Il s’achève en 2026, savez-vous si vous allez vous représenter ?

C’est compliqué comme question, car il y a des moments de lassitude, il y a un malaise dans le mandat d’élu, des difficultés au quotidien et il est légitime de s’interroger. Mais j’aime ma commune et qu’on y vive bien, on a encore beaucoup de projets en tête qu’on a envie de concrétiser.

Qu’est-ce qui vous freine ?

Beaucoup d’épreuves et de comportements de concitoyens sont difficiles à vivre. Quand on s’échine à faire des décorations de Pâques et que deux jours après, elles ont été volées, et ce n’est pas la première fois, c’est épuisant. Et les réseaux sociaux qui font leur travail de sape régulièrement, c’est lâche. On est une collectivité portes ouvertes, on entend la critique quand elle est positive et constructive !

La mairie de Niederbronn-les-Bains. / ©sb
Alors après dix ans à la tête de la commune, quels projets vous ont marquée ?

Je retiens autre chose, peut-être moins sympathique. Niederbronn a cette particularité d’être une station classée de tourisme, et le financement aussi est particulier. Il n’est pas seulement basé sur la fiscalité, les impôts et les taxes, mais sur le financement complémentaire apporté par le casino, qui abonde le budget de la ville à hauteur de 700 000 à 900 000€ annuels. Nous en avons la propriété, c’est une délégation de service public avec le groupe Barrière. C’est la raison pour laquelle Niederbronn (4 420 habitants) a un musée, un relais culturel, une piscine municipale, et d’autres infrastructures sportives ou culturelles qui ont un coût et qu’on tâche de maintenir, car c’est du service à la population. Au moment du covid, on a eu une grande souffrance : du jour au lendemain, le casino a fermé, ce qui signifie aucune rentrée. Donc les investissements ont été gelés pendant deux ans, les projets n’ont pas pu être menés comme on aurait voulu. Ils ont repris en 2023, mais on reste prudents.

Quels sont les projets à venir alors ?

Ils sont liés à l’accueil dans une station touristique, nous avons la chance d’avoir cette station classée, et le tourisme est une économie non délocalisable qui fait le bassin de vie. L’entrée nord de la commune permet de remettre en valeur l’eau—nous avons treize sources dont deux de qualité thérapeutique—avec un kiosque et un espace vert, des bornes pour vélos, et le point de départ du GR53. J’espère l’inaugurer ce semestre. L’aménagement du secteur gare aussi en espace de vie avec une station-service et un pôle santé d’ici juin… Ensuite, la création d’une pump-track, sollicitée par les jeunes, le chantier démarrera courant 2024. Et beaucoup d’autres encore…

La main à la pâte lors de la Fête d’automne. / ©DR
Quoi de neuf côté sport ? Les Courses nature arrivent le week-end prochain entre autres…

Nous sommes labellisés Ville sportive du Grand Est 2024-2028, avec un nouveau panneau d’entrée de ville, parce qu’on investit dans les infrastructures pour le sport et la vie associative, avec pas moins de 70 associations. On va maintenant solliciter le label Ville active et sportive, parce qu’on a envie de s’engager dans ces démarches. Il y aura aussi une première participation à Col’attitude pour monter à vélo au Wintersberg, puis les JO écolo le jour du nettoyage de printemps, et la Journée de l’olympisme le 23 juin. L’équipe de la commune a été renforcée pour tenir ces événements et être proactifs.

Enfin, côté culture, vous n’êtes pas en reste ! Le territoire possède un musée de France avec la Maison de l’archéologie, deux salles de spectacle avec la Castine et le Moulin 9, et quatre festivals ! Votre chorale participe d’ailleurs au festival En pays d’Alsace…

Oui, mon équilibre c’est la musique, chanter, m’exprimer, je ne suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants—ou plutôt 50 par an—, alors c’est ma vie à moi. Je dirige deux chorales, celle de la paroisse et le chœur Ephémère qui rassemble 100 à 120 choristes et une trentaine d’instrumentistes. Nous serons au festival En pays d’Alsace du 13 au 20 juillet avec Magnifique gloria. Avec La voix des forges, Mômes en scène et le festival de l’Artisanat, nous attachons aussi beaucoup d’importance à la préservation du savoir-faire et du commerce de proximité. La saison est lancée avec le marché de Pâques et après, il se passe tout le temps quelque chose et ça fait du bien à l’élue que je suis de voir que les gens sont là, sac au dos ou en tenue de curiste, avec les habitants… Il y a du positif pour répondre aux coups de blues.